CHAPITRE XVI
La cause particulière du réseau inflammatoire partiel doit appartenir
à la partie même où ce réseau se forme. Application de ce qui a été
démontré dans les chapitres précédons.
Ayant exposé, depuis le chapitre îx jusqu’au xv, les faits et les inductions qui peuvent nous aplanir les difficultés dans les recherches que nous nous sommes proposées , tachons maintenant de déterminer, autant que possible, la cause particulière du réseau capillaire partiel des inflammations viscérales. Nous ferons observer d’abord que, quoique limité dans son extension , ce réseau doit néanmoins être le produit de la force pulsative de l’arbre artériel et de la dilatabilité de l’arbre veineux; sans cette double circonstance, l’effet ne
saurait avoir lieu. 11 s’agit maintenant de savoir quelle est la cause qui limite ce réseau dans son extension. Cette cause doit être propre a la partie même où cet effet a lieu, et doit consister en une augmentation de force relative locale des capillaires artériels, de sorte que, tout en se limitant a l’endroit même où cet engorgement se forme, cette force dépasse , plus que dans tout autre cas , la dilatabilité des capillaires veineux. Jusqu’ici on ne peut mettre en doute ce que nous avançons , car c’est l’expression pure et simple du fait, tel qu’on Tobserve relativement a l’augmentation de force dans la circulation pendant la vie, et à l’engorgement des capillaires veineux dans le réseau capillaire qu’on trouve dans le cadavre. Mais quelle meilleure cause pourrait-on assigner a cette augmentation de force des capillaires artériels, que celle des irrégularités en tout genre qui existent dans ces mêmes capillaires? En admettant cette irrégularité comme fait démontré, toutes les difficultés commencent a disparaître, et la cause particulière du réseau inflammatoire partiel devient aisée a concevoir. Il nous reste a examiner quelle
est la marche suivie par cet engorgement partiel.
Supposé donc que, par une cause agissant sur toute l’économie, les pulsations générales de l’arbre artériel augmentent de fréquence et de force , non pas momentanément, mais d’une manière permanente , il en résultera que la où quelques capillaires artériels, rapprochés les uns des autres et s’anastomosant aux capillaires veineux, auront plus de capacité et contiendront plus de sang qu’ils n’en contiennent d’habitude , ce sang s’introduira avec plus de force et en plus grande quantité dans les petits vaisseaux veineux correspondans , et ceux-ci devront nécessairement, dans ce même endroit, attendu leur dilatabilité, s’engorger et se dilater. Le phénomène pourra d’abord être circonscrit a un petit espace; mais, soit par les pulsations continuelles des artères, soit spécialement par les nombreuses anastomoses qui réunissent partout et multiplient presque les capillaires veineux , le sang s’étendra peu a peu des uns aux autres par toutes ces communications très faciles , et le réseau commencé augmentera non seulement en extension, mais encore en intensité, par cela même que le
sang se frayera un passage a travers les capillaires les plus minces en les dilatant. Non seulement les irrégularités des capillaires artériels peuvent déterminer cet effet, mais celles des capillaires veineux y contribuent également, surtout lorsqu’il arrive que les capillaires veineux d’un plus gros calibre , en s’anastomosant avec les capillaires artériels correspondons , leur offrent plus de facilité a pousser en avant le sang, et se laissent eux-mêmes dilater plus aisément. Lorsqu’il arrive, ensuite, que ces deux conditions se trouvent réunies sur le même point et en même temps, ce qui n’est pas difficile a concevoir, l’effet sera encore plus considérable. Il peut se faire aussi que les irrégularités dont il est ici question se trouvent sur plusieurs points; il se forme alors différens centres de réseau capillaire qui, en se dilatant, finissent par se réunir en un seul et augmentent ainsi l’extension de la maladie. Il nous paraît facile de pouvoir s’expliquer ainsi cette cause limitée qui doit être assignée au réseau capillaire qui se borne a un point de l’économie. Que si l’on nous reprochait cependant de n’avoir pas assez clairement démontré ce dernier effet,
nous ferons observer que nos inductions ont été «
tellement directes et cohérentes aux faits, qu’on ne saurait les mettre en doute; et les applications que nous en avons faites sont si limitées, qu’il semble qu’elles doivent suffisamment garantir la réalité de la formation du réseau capillaire. Au reste, la nature , dans ce travail , ne peut être prise sur le fait, et il faut se contenter d’en observer seulement les effets consécutifs, ainsi que je crois l’avoir fait avec beaucoup de soin. Ce qui vient encore confirmer nos idées à ce sujet, c’est la facilité aveclaquelle on voit reparaître , a la suite d’une forte action de causes stimulantes, l’engorgement capillaire au même point où il était auparavant. Lorsqu’on observe, par exemple, la conjonctive qui a déj'a été enflammée, et sur laquelle on aperçoit encore des capillaires , qui sont tous veineux , visiblement dilatés même après l’inflammation, on voit que facilement ^inflammation y reparaît , par cela même que ces petits vaisseaux, restés plus dilatés, donnent plus aisément accès au sang des capillaires artériels correspondans , dont le mouvement a augmenté de force. Et, par analogie, nous en déduirons
que les inflammations des membranes viscérales que nous voyons si souvent récidiver , doivent être attribuées a la même cause. Au resle, nous reviendrons plus tard sur ce sujet.
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