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CHAPITRE III

Séparation spontanée du sang, dans les maladies inflammatoires , en trois élémens immédiats, sérum, caillot rouge et couenne. Variétés de la couenne relativement à son volume, à sa forme, ténacité , couleur, taches, etc. Écume ; ses différences avec celle du sang en état de santé, et autres phénomènes.

Le sang extrait dansles maladies inflammatoires, surtout si elles sont graves et dans leur période d’augment, a l’état aigu comme a l’état chronique , présente, outre les deux élémens sus-indiqués, sérum et caillot rouge , un troisième élément qu’on nomme croûte ou couenne inflammatoire ; celle-ci s’étend a la partie supérieure du caillot , mais pas toujours d’une manière égale; souvent même il y a des inégalités bien évidentes. Cette couenne, dans les différentes maladies inflammatoires et dans les différentes périodes d’une même maladie ,

est susceptible de varier principalement sous trois rapports' t'volume , forme et ténacité. C'est ainsi que pour le volume , on n’en trouve quelquefois qu’une couche très mince , un léger voile , pour ainsi dire , tandis que d’autres fois elle s’étend a un pouce de profondeur et plus encore. Quant a la forme, tantôt elle offre une surface plane ou a peu près , égale en diamètre au caillot sous-jacent; tantôt elle est enfoncée dans le caillot et d’un plus petitdiamètre , ou, au contraire, elle s’élève au dessus du caillot et paraît étranglée en forme de collet. Quant a la ténacité, elle ne dépasse pas quelquefois celle de la gélatine, tandis que d’autres fois elle est tenace et presque aussi dure que le cuir. Parmi toutes ces conditions , il y a , comme on petit aisément l’imaginer, beaucoup de gradations ; l’habitude apprend a les savoir distinguer au besoin.

La couenne peut encore présenter quelques autres différences , quoique moins importantes ; et d’abord sa couleur, jaunâtre ou gris-verdâtre, est ordinairement uniforme ; cependant on la trouve quelquefois tachetée. Plus la couenne est épaisse, plus sa couleur est uniforme, tandis qu’a travers

une couenne mince on aperçoit toujours, par ci parla, la couleur rouge foncé du caillot sous-jacent. Par cela seul ensuite qu’a mesure qu’on la fait sécher, elle blanchit, et que la faire sécher c’est la dégager du peu de sérum qui lui restait encore , on peut en conclure que la couenne est par elle-même blanchâtre, et qu’elle reçoit du sérum la légère teinte qu’elle présente. Si la couenne est peu épaisse et n’offre, pour ainsi dire, qu’un léger voile à la surface du caillot , elle conserve alors nécessairement assez de transparence; mais cette transparence n’est point uniforme , car elle est modifiée , et par l’inégalité même d’épaisseur de la couche couenneuse , et par celle de la masse rouge du caillot sous-jacent. De la proviennent certaines taches un peu foncées , assez larges, que l’on doit attribuer, dans ce cas , au caillot et non a la surface de la couenne; car, en y passant le doigl légèrement, les taches ne s’en vont pas et le sang ne salit pas le doigt, comme cela arrivedans le cas contraire dont il va être bientôt question. En y regardant avec une loupe , on voit que les choses se passent réellement ainsi. Et pour finir toutes nos remarques sur

la couleur de la couenne, je noterai ici que celle teinte rouge pale qu’on aperçoit quelquefois a la surface du caillot, là où la couenne n’est point parvenue à dépasser le niveau de ce même caillot, me semble devoir être attribuée à toute autre cause

qu’à l’oxigène. Dans ce cas, en effet, la couenne encore fluide reste mêlée au cruor à la surface du caillot, de sorte que le rouge foncé du cruor est décoloré et blanchi par la couleur propre à la couenne. S’il en est réellement ainsi , il ne faut pas attribuer à l’oxigène ce qui ne lui appartient pas et ce qui doit plutôt être considéré comme une croûte inflammatoire commençante. Peut-être le phénomène observé par De Haen, et duquel nous avons parlé un peu plus haut, provient-il de cette même cause.

L’écume qui se forme sur la couenne dans les maladies inflammatoires présente aussi des caractères qui lui sont propres, outre ceux qu’elle a de commun avec l’écume du sang en état de santé. Sa couleur rose paraît plus pale : ici , en effet , l’écume est au dessus de la couenne qui est blanchâtre, tandis que dans le sang à l’état de santé

l’écume est immédiatement au dessus du caillot, qui est rouge foncé. Si l’on agite cette écume avec la pointe d’an couteau ou avec un brin de paille, on la voit, blanchir et disparaître; car en l’agitant on fait descendre le peu de cruor qui colore les bulles, surtout a leur base, où, ainsi que dans l’écume du sang a l’état de santé , il forme une auréole rouge. Si , au contraire , on agile de la même manière l’écume du sang a l’état sain, au dessous de laquelle est le caillot sans couenne, elle devient de plus en plus rouge en se mêlant au cruor qui , remué de sa place , tend h remonter. Cette simple différence n’est pas elle-même d’une grande importance; néanmoins, supposé que dans les deux cas la surface du cruor soit recouverte entièrement par l’écume, en l’agitant et en examinant la couleur qui en résultera , on pourra s’assurer si au dessous il y a ou non de la couenne. Lorsque les bulles, spontanément et séparément, s’ouvrent, s’abaissent et disparaissent, il reste a la surface de la couenne le peu de cruor qui était déposé a leur base', formant par des filamens rouges une espèce de petit réseau; mais lorsque les bulles se rompent

après s’ètre réunies irrégulièrement , elles laissent après elles des stries et des traces variées de cruor sur la surface de la couenne. Ces traces irrégulières

de cruor, ainsi formées , ne sont réellement que superposées a la surface de la couenne , et on peut les enlever aisément en y passant légèrement le bout du doigt; on aperçoit alors au dessous la couleur uniforme et pure de la couenne. J’ai vu aussi quelquefois tout le caillot enfoncé dans le sérum au point d’en être recouvert a une certaine hauteur, et néanmoins avoir toute la surface de la couenne parsemée de petits points de cruor ayant presque l’apparence d’une poussière écarlate ; et cependant le sang n’avait point, en sortant, formé d’écume a laquelle on put attribuer cet effet. D’ailleurs, si ce cruor provenait de bulles qui auraient disparu de la manière ci-dessus indiquée , on ne trouverait pas autant de petits points régulièrement disposés , mais un véritable réseau a bis continus. Tous ces points semblent avoir été précipités par le sérum , après la formation de la couenne et l’enfoncement du caillot. De ce fait on peut conclure que dans le sérum, même après la formation du

caillot, il y avait encore une très petite quantité de cruor, qui s’est ensuite précipitée; et cela esl confirmé d’ailleurs par tout ce que nous avons dit en parlant du sang a l’état sain. Nous avons noté, en effet, qu’il y avait une petite partie de cruor qui , séparée du caillot avec lequel elle ne s’étail point incorporée , restait au fond du sérum. Dans les deux cas, malgré les différences apparentes, le phénomène doit être attribué a la même cause, et c’est que tout le cruor n’est pas uni au caillot el se précipite promptement du sérum, qui n’a pas la force de le retenir.

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