CHAPITRE X
croisent en sens divers , avant d'amener les plaideurs devant le jury. C'est , dit Blackstone (1), un château gothique bâti dans le siècle de la chevalerie , qui a été arrangé pour les Anglais d'aujourd'hui. Des remparts inutiles , des fossés secs , des tours ruinées , des trophées rouilles ! Mais si l'on y trouve , dans quelque partie, un logement commode et sûr, qu'importe que les avenues soient tortueuses, embarrassées et difi&ciles ? Je pense que cela importe beaucoup , car le commentateur des lois anglaises est obligé d'avouer que leur système judiciaire peut bien paraître le plus embrouillé , le moins naturel , et le moins fait pour un peuple éclairé et libre : The most intricate and unnatural that ever was adapted bj a free and enlightened people.
Je vais jeter un coup d'œil rapide sur ce système.
Les rois d'Angleterre avaient , comme ceux de France , un conseil permanent chargé d'administrer et de percevoir leurs revenus de rendre la justice et d'expédier toutes les affaires publiques ; dans la suite, ce conseil , qui s'ap-
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pelait aula régis , fut divisé en trois cours : la cour de Véchiquier , pour les causes du fisc ; celle du banc du roi, pour les affaires criminelles , et celle des plaids communs , pour les affaires civiles. Chacune de ces cours fut composée de quatre juges ; ce sont les douze juges de l'Angleterre.
Un procès ne peut être intenté si le demandeur n'a point obtenu de la chancellerie un writ original , lequel indique l'espèce d'action qu'il a choisie. Le writ est un ordre du roi , scellé du grand sceau , adressé au shérif du comté où le tort est supposé avoir été commis , pour que le défendeur ait à faire réparation ou à comparaître devant la cour. Le demandeur doit donner caution qu'il poursuivra son action , parce que celui qui annonce une prétention en justice, et qui ne la soutient pas , est passible d'une amende envers la couronne. Mais ce cautionnement ne consiste plus que dans une vaine et ridicule formalité : on désigne , comme garans , deux êtres fictifs , Joho7i Doe et Richard Roe ; ces noms sont en possession , depuis un trèslong temps , de figurer dans toutes les causes de l'Angleterre , comme ceux de Nwnerius Negidius et à^Aulus Àgerius figuraient dans