CHAPITRE XII
de ces brillantes conceptions , difficiles à organiser, et qui se ternissent un peu par la mise en œuvre.
L'enthousiasme pour la conciliation fut porté à un tel point, que l'on oublia d'exempter de l'épreuve les personnes incapables de transiger , et les choses qui ne pouvaient être l'objet d'une transaction. Il n'y eut d'exception qu'en faveur des affaires concernant la nation , les communes , l'ordre public et le commerce. Ainsi la loi voulait que le tuteur d'un mineur ou d'un interdit fut cité en conciliation, et qu'il y comparût pour déclarer que la loi lui défendait de se concilier.
Celui que des affaires , une absence , une maladie, empêchaient de venir en personne, ne pouvait se faire représenter que par un mandataire porteur d'une procuration illimitée pour transiger^ c'était le forcer à remettre toute sa fortune entre les mains d'un tiers. Mieux valait ne pas se faire représenter , et payer l'amende.
L'exclusion des gens de loi devait nécessairement réchauffer une foule de mots plus ou moins rebattus ; mais celte mesure n'a produit aucun bien , et souvent elle a fait du mal. Le plaideur, que l'on obligeait à comparaître
seul , ne se picsenlait point avant d'avoir consulté son homme de loi , et sans apporter un plan de conduite tout tracé, avec la ferme résolution de ne pas s'en départir; l'homme de loi eut été peut-être plus traitable, il eût cédé à des observations que le client isolé avait peur d'entendre. Et si l'un des comparans était lui-même homme de loi, l'autre, qui n'avait pas cet avantage , se trouvait réduit à la dure condition de lutter sans armes contre un adversaire bardé du plus fin acier.
Les procès-verbaux de non-conciliation contenaient les dires ^ aveux et dénégations des parties. Autre source d'abus : une réponse mal saisie, mal rendue par le greffier de la justice de paix, devenait, devant les tribunaux , un texte fécond en interprétations et en argumentations ; c'était un véritable piège pour ceux qui ne se doutaient pas du parti qu'un homme habile peut tirer d'un mot qu'un homme simple a laissé écrire.
Des juges de paix et leurs assesseurs , comprenant mal leur mission , arrachaient à des personnes ignorantes ou timides , par des instances revêtues d'une couleur d'autorité, le