‹ Théorie de la procédure civile (volume 2)Chapitre 169 sur 285 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

DES TRIBUNAXJX DE COMMERCE. — DES CONSEILS DE prud'hommes.

Dans les siècles du gouvernement féodal , la monarchie fut démembrée et l'autorité royale devint pour les peuples une vaine protection. Ce fut le temps des guerres privées , des invasions des Normands , du serva^re et de la mainmorte. Les mers se couvrirent de pirates , la terre se couvrit de Juifs, les droits d'aubaine et de naufrage furent établis. « Les hommes pensèrent que les étrangers ne leur étant unis par aucune communication du droit civil, ils ne leur devaient d'un coté aucune sorte de justice, et de l'autre aucune sorte de pitié (1). »

(1) Esprit des Lois , liv. 21 , cbap. 17.

Les barons ravageaient la campagne , et la population Iremblanle groupait ses huttes au pied de ces châteaux où la tyrannie tarifait les péages , les sauvegardes , et les droits incertains d'une chëtive existence.

La communication d'une province à l'autre était presque impossible ; il n'y avait point d'auberges pour les voyageurs , ils étaient obligés de se réunir en troupes pour résister aux brigands cpii infestaient les chemins (1). \ers la fin du dixième siècle , le comte Bouchard , voulant fonder un monastère à Saint- Maur-les-Fossés , près Paris , demanda des religieux à l'abbé de Cluny en Bourgogne ; l'abbé s'excusa sur ce qu'il serait trop périlleux et trop fatigant d'aller dans une région étrangère et inconnue (2). Nos vieilles chroniques sont pleines de pareils traits. Les traces du commerce et des échanges entre les hommes étaient effacées sur des plages inhospitalières.

Un concours de circonstances extraordinaires, dont j'ai déjà parlé, et qu'il serait trop

(1) Dom Bouquet , Recueil des Hist. , tom. 7, pag.

(2) Idem, tom. 10, pag. 351.

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