‹ Théorie de la procédure civile (volume 2)Chapitre 203 sur 285 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

de justice, et les faibles redevinrent la proie des forts. Les centenicrs , les comtes et les bénéfîciers se conslitiièrent propriétaires de leurs offices et de leurs ficfs ; ils les revendiquèrent à main armée , quand les successeurs de Charlemagne s'avisèrent de disputer sur le droit d'hérédité. Les missi se firent, eux-mêmes un patrimoine de leurs légations , et la couronne appauvrie se vit dans l'impuissance de faire face à des prétentions qui éclataient de toutes parts. Certes il n'était plus question d'appels, soit à la cour du souverain, soit aux plaids des envoyés royaux , lorsque le roi fut réduit à n'être plus que le seigneur deLaon, et lorsque tous les échos des vieux manoirs répétèrent cet axiome : Entre toi, vilain y et ton seigneur , il jij a de juge fors Dieu.

Je puis me dispenser de parler avec détail des guerres privées , et de cette confédération turbulente de seigneurs et de vassaux qui s'étaient partagé le pays, les habitans et le pouvoir, lorsque commença la troisième race. Tout le monde sait comment les appels se vidaient dans ce temps-là , quand appel y avait : car, si l'on s'était battu en première in-

stance, la défaife du vaincu avait fini le procès. Mais on ne combattait pas toujours de prime saut : certaines causes se décidaient d'abord par droit ; du jugement de celles-là on pouvait appeler ; puis l'appel se démenait par gages de bataille. C'était un défi aux juges; la partie condamnée leur disait : Kou» avez fet jugement faits et mauves , comme mauves que 'VOUS este....

Un appel de cette sorte étant une injure grave , un démenti formel , on ne pouvait le faire directement au seigneur sans commettre félonie, ce qui aurait entraîné pour l'appelant l'obligation d'abandonner son fief avant d'offrir le combat.

. La provocation s'adressait donc aux pairs ; elle devait avoir lieu à l'instant même où le jugement venait d'être prononcé , car le moindre délai le faisait tenir pour bon.

Entrer en lice avec tous les membres d'un tribunal, et n'avoir que cette alternative, ou de les vaincre tous l'un après l'autre, depuis le lever jusqu'au coucher du soleil, ou d'être pendu , c'était une manière d'appel terriblement chanceuse, a Nul homme qui aimoit son honor et sa vie ne devoit emprendre à le faire; si Dieu ne faisoit apertes miracles

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