CHAPITRE XVllI
que les parties ne pourront charger de leur défense, soit verbale , soit par écrit, même à titre de consultation , ni les juges , ni les officiers du ministère public, même dans les tribunaux autres que ceux près desquels ils exercent leurs fondions. Néanmoins il leur est permis de plaider , devant tous les tribunaux , leurs causes personnelles, celles de leurs femmes, parensou alliés en li^ne directe ^ et celles de leurs pupilles (I). La d-jfense devient alors uu devoir qui s'accorde très-bien avec l'indépendance de la magistrature.
Lorsque le ministère public eut acquis celle constitution fixe et régulière qui a jeté un si grand éclat, ses ouicicrs retinrent pour eux \3n\inora.\Yïa\\on (\c c^ens du roi ^ que l'on donnait auparavant à tous les OiTiciers de judicatnre et de finance. Philippe de Valois appelait les trésoriers de ses troupes génies nosLrœ (2), et Charles \1 , dans des lettres de 1394, qualifiait de gens du roi les juges de Provins.
Le procureur général avait la plume , comme OQ disait alors, et les avocats généraux avaient la parole.
(1) Art. 86.
(-2) Oidoim. du mois d^ juia 1338.
Les événemens des derniers siècles nous ont appris jusqu'à quel point le pouvoir judiciaire avait étendu son influence sur l'administration de l'Etal. Emule de la puissance législative, il revisait, modifiait, ou rejetait les édits ; rival du pouvoir administratif, il contrôlait ses opérations , arrêtait ses mouvemens et jugeait ses agens. Ce n'est pas ici le lieu d'examiner si cette fière attitude de la magistrature ne fut qu'un ambitieux esprit de domination , et si la hauteur de ses prétentions a été justifiée par une suffisante compensation d'avantages réels; je rapporte ce qui était , pour donner une idée de l'imposant ministère de la partie publicjue dans ces temps-là.
Tout le monde sait la part que prit le parlement aux affaires de la Fronde. Au milieu d'une séance orageuse on manda les gens du roi. L'avocat général Talon vint : il improvisa la plus belle harangue sur le désordre des affaires publiques , et fit succéder un calme religieux au dévergondage des jeunes conseillers. « Je n'ai jamais rien ouï ni lu de plus éloquent, dit le cardinal de Retz luimême; il accompagna ses paroles de tout ce qui leur put donner de la force : il invoqua les mânes d'Henri le Grand ; il recommanda