‹ Théorie de la procédure civile (volume 2)Chapitre 4 sur 285 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Ces académiciens s'estimant seuls capables de réformer la législation, croyaient qu'il suffisait d'un nouveau code pour faire d'un vieux peuple un peuple nouveau , pour substituer à ses institutions et à ses mœurs une candeur native, et le faire rentrer d'un saut dans la simplicité des voies de la nature.

Il serait désirable sans doute qu'on pût retrancher les procédures ou les réduire à la seule comparution des parties devant le juge, pour expliquer leur différend , et recevoir la décision.

Mais cette théorie ne peut être appliquée qu'à un pays pauvre , rétréci , où les relations sont peu multipliées et peu actives , où les mots d'industrie et de commerce sont à peine connus . Les procès doivent y être simples et rares.

Encore faut-il supposer que l'esprit humain y sera toujours docile à porter le joug de la règle , et que la vigilance du législateur n'aura pas besoin de le suivre dans mille détours ; que les parties appelées devant le juge ne manqueront pas de se présenter; que les moyens seront bien déduits de part et d'autre ; que les témoins seront incorruptibles; que les juges, toujours éclairés, toujours

irrécusables , poseront d'eux-mêmes des limites à leur autorité ; que l'on s en rapportera» pour l'exécution de la sentence , à la sagesse de celui qui aura gagné son procès et à la soumission de celui qui l'aura perdu.

Cette sorte d'utopie judiciaire ressemble aux fables dont les vieux livres sont remplis sur la perfection de la justice chez les anciens , et que beaucoup de gens prennent pour des vérités historiques.

On répète encore de bonne foi, d'après Diodore de Sicile, qu'en Egypte on ne connaissait point de légistes; que toutes les affaires y étaient traitées par écrit , et que les parties étaient obligées de rédiger elles-mêmes leurs actes et leurs mémoires ; que la cause étant instruite, et les juges ayant suffisamment lu et délibéré, les portes du tribunal s'ouvraient ; que le président avait un collier d'or auquel était attachée une petite figure enrichie de pierres précieuses , symbole de la justice ou de la vérité, et que, sans proférer une parole, il tournait la petite figure du côté de celui qui avait gagné son procès.

Il faut remarquer d'abord que cette justice muette devait être fort embarrassée , lorsque l'une des parties n'obtenait pas gain de cause

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