CHAPITRE IX
épreuves , ou faisaient ouvrir la lice du combat : Vadiate pugnam.
Une question de droit ayant été portée à la cour de l'abbé de Sainl-Amand, et devant les pairs de son fief , comme la chose paraissait ardue , ils répondirent pour jugement et pour droit , qu'/Zj n'étoient mie sages , ne droit ne savaient dire ne jugier ; par quoi ils demandèrent à se conseiller en la cour du roi le chief seigneur (1). Ce n'étaient pas là des jurés.
Quant au nom de pairs , il faut encore savoir que le supérieur ne pouvait être jugé par l'inférieur; c'était une autre maxime de ce temps-là : « Li hommes ne doivent ^as jugier lor seigneur , mais doivent jugier l'un l'autre et querelles de quemun peuple (2). »
Les barons jugeaient les barons , et les bourgeois jugeaient les bourgeois ; il y avait des cours de ùaronnie et des cours de bor~ ghésie. « Se li jugement fut fé par borjois , li baron puet répondre : Je ne tieng pas che pour jugement , car il est fé par chaux qui
(1) Origine de F ancien goui^ernemcnt de la France , de l'Allemagne et de l'Italie , t. 3 , p. 125.
(2) Beaiunanoii , chap. 1 .
ne peuvent ne ne doivent jugier (1). » Pour cette raison , dit La Thaumassière , en ses Notes sur les coutumes deBeauvoisis , Louis I" du nom , comte de Sancerre , ayant été appelé en l'assise de Bourges , proposa déclinatoire , sous prétexte que les bourgeois de cette ville assistaient aux jugemens , disant qu'il ne lui était ni sûr ni honnête de soumettre sa baronnie au jugement des bourgeois; et demanda son renvoi à l'assise d'Aubigny , en laquelle n'assistaient que des nobles : ce qui lui fut oelroyé (2).
Dans les premiers âges de la monarchie , tous les Francs étaient pairs. Bientôt les dignités acquises par des faits d'armes durent établir des distinctions personnelles et des degrés de supériorité; puis l'on attacha des titres militaires aux terres ou fiefs qui devinrentlarécompense de la valeur et delà fidélité.
Les possesseurs de ces premiers fiefs en donnèrent , à leur tour, des portions à ceux dont ils voulaient consacrer les services et le dévoùment. Il y eut donc des fiefs clominans et des fiefs servans.
(1) Beaumanoii- , chap. 67.
(2) En l'an 1259.