‹ Théorie de la procédure civile (volume 2)Chapitre 83 sur 285 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

pousser l'usage du combat. Mais rinflueiice des mœurs fut si puissante et si opiniâtre , qu'elle l'emporta sur l'autorité de la loi canonique; et, quoi qu'en ait dit M. de Montesquieu (1), on vit , jusque dans les tribunaux ecclésiastiques , des champions combattre pour la possession des monastères ou des droits qui en dépendaient (2).

Il suffira de citer entre autres un fait que je trouve dans l'histoire d'Angleterre du docteur Henri (3). «Le prieuré de Tinmoulh, dans le Northumberland , était une dépendance de l'abbaye de Saint- Alban. Un certain Simon de Tinmouth prétendit avoir le droit de faire nourrir deux personnes dans le prieuré , ce que nièrent le prieur et les moines. La cause fut portée devant le tribunal de l'abbé de Saint-Alban , et ses barons ordonnèrent le combat. Ralf Gubion , prieur de Tinmoulh , parut au lieu et au temps désignés , avec son champion , qui fut vaincu ; il perdit son procès , et il en fut tellement affligé qu'il résigna sur-le-champ sa place. Ce combat judiciaire est d'autant plus remarquable, ajoute l'au-

(1) Esprit des Lois , liv. 28, cliap. 18.

(2) Dom Bouquet , Recueil des Hisl., t. 9, p. 612. (^3) Liv. 3, chap. 3, sect. ^^

teur, qu'il se fit dans la cour d'un baron spirituel , et que Tune des parties était un prêtre. )>

Le yrai nom de ces champions , qui relevaient le gage de bataille pour ceux que leur faiblesse , leur âge ^ ou leur qualité , dispensaient de se présenter en personne , était celui d'avoués.

a Se chil qui apéle ou qui est apelé veut avoir avoué qui se combatte pour lui , il doit montrer son essoine ( exoine , dispense). Pluriex essoines sont par les quiex , ou par l'une des quiex , l'on peut avoir avoué. Un des essoines est se chil qui veut avoir avoué, montre que il li faille aucun de ses membres. Le second essoine est se l'on a passé l'aage de soixante ans. Li tiers essoine, si l'on est accoutumé de maladie qui vient soudainement. Li quart essoine est se l'on est malade de tierchaine ou de quartaine , ou de autre maladie apertement scûe et sans fraude. Li quint essoine, si femme apéle ou est apelée, car femme ne se combat pas (I). »

Plus tard , et lorsque les beaux jours du combat furent passés , tout le monde put se

(1) Bcaumanoir, Coutume de Bau^'oiJis , chap. 16 , pag. 308.

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