CHAPITRE IX
donner, moyennant un prix , la commodité de se battre par procuration. L'abus fut même poussé au point que l'on en vint à louer des champions à l'année , qui s'obligeaient de combattre pour toutes les causes du maître. «Li aucuns louoient campions^ entèlcraanière que ils se dévoient combattre pour toutes les querelles que ils auroient à fère , ou bonnes ou mauvaises {\). »
Je ne m'arrête point à considérer le fond de ces usages ; je traverse rapidement d'épaisses ténèbres pour faire entrevoir , aux premières clartés de la civilisation , le but ou je veux arriver.
Rien n'est destructeur comme Texcès. On se dégoûta du combat comme des épreuves , comme des compositions de la loi salique , ces tarifs de la valeur des hommes et de leurs membres. On sentit enfin que des lois qui donnaient gain de cause au plus fort ou au plus adroit, ou qui permettaient au plus riche d'assassiner à meilleur marché , parce que l'argent lui coûtait moins, étaient d'une hideuse barbarie.
(1) Idem, thap. 28, pag. 203.
174 lîfTRODUCTrON.
Cette révolution dans les mœurs judiciaires marcha lentement. C'était un de ces événemens qui doivent nécessairement arriver, mais sur lesquels le temps se réserve deux secrets :. l'époque , et les moyens.
Parmi ces moyens , que les résultats nous ont dévoilés , on remarque surtout l'influence des Croisades , de ce grand mouvement qui sembla détacher l'Europe de ses fondemens pour la précipiter sur l'Asie , comme disait Anne Comnène.
Le tumulte des guerres entre les princes et des guerres entre les particuliers retentissait partout , lorsqu'une inspiration subite entraîna au loin, vers l'Orient, une foule de chefs et de soldats. La trêve de Dieu n'avait jamais pu produire un calme pareil à celui qui suivit le départ des Croisés. Tout-à-coup la terre entière se tut ^ dit un contemporain (1). Les serfs respirèrent dans les campagnes ; les bourgeois des villes profitèrent des circonstances pour obtenir des chartes d'affranchissement ;
(1) Odîon de Fiisingxie , Gesla Frid. irnp., lib. i , cap. 29. Voyez l'Essai sur Vinfluencc des Croisades de Heeren , traduit tle l'allemand par C. Yillers , pag. 255 et suiv.