CHAPITRE I
tableau ; mais c'en est assez pour indiquci- les causes du dégoût, j'ai presque dit de lefFroi que la procédure a inspiré.
Ces causes ont disparu. Nous avons des règles fixes , une procédure uniforme et deux degrés de juridiction seulement. Nos fastes judiciaires ne présentent point autant d'exemples de désordres et d'exactions que pourrait le faire supposer le nombre des épigrammes semées dans le monde ou jetées sur le théâtre. On connaît le privilège des poètes. S'il est vrai qu'on puisse citer des avoués capables de trahir les devoirs de leur ministère , en spéculant sur la faiblesse ou l'ignorance de ceux qu'ils sont chargés d'introduire et de représenter dans le sanctuaire des lois, combien d'autres ont mérité l'estime publique par un esprit conciliant, par une sévère probité, par le désintéressement et la délicatesse qui honorent toutes les professions ! Des jeunes gens distingués par les principes les plus purs, et par d'excellentes études dans les écoles de droit, ont élevé leurs fonctions au dessus des traditions surannées qui tendaient à les déprimer, et le scandale d'une honteuse prévarication , ou d'un abus de confiance au palais , n'est plus qu'une exception rare.
16 INTRObUCTIOÎf.
On parle avec dédain du style de la procédure , de cet amas de mots inutilement répétés, de cette rouille des siècles qui couvre encore nos actes.
Sous quelques rapports on a raison. Toutes les actions dans le droit français sont de bonne foi; elles ne sont point soumises à des formules spéciales : il suffit que les actes contiennent les énonciations exigées par la loi, et qu'ils rendent clairement l'intention de celui quiles fait.
Chez les Romains, au contraire, la procédure était une science obscure de paroles et de formes symboliques. Il y avait, pour les différentes espèces d'actions , des formules tissues de mots consacrés qu'il fallait rigoureusement employer; caria moindre omission entraînait la perte de la cause ; leur conservation était confiée au collège des pontifes , comme celle du feu sacré aux prêtresses de Vesta.
Le mystère de ces formules fut dévoilé deux fois. Elles disparurent dans le Bas-Empire ; cependant chaque action conserva son nom particulier (1).
(1) Une loi des Visigoths, transcrite dans les Càpitulahes, liv. 6, c. 343, portait: « Nous permettons et nous souhaitons même que les personnes de nation