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CHAPITRE IX

Mté, l'habitude, affaibttrent par degrés les fnaâères impressions « et bientôt la profaladoQ ne connut plus de frein. « Si la chartre ée quelque héritage était attaquée de faux , dui qui la présentait jurait sur les saints ËTaogiles qu'elle était yraie , et , sans aucun jt^ement préalable , il se rendait propriétaire deHiéritage. Ainsi les parjures étaient sûrs d'acquérir (1). »

Les législateurs imaginèrent alors de faire p^ger le serment du plaideur par le serment tfm certain nombre d'hommes libres , ses pareots on ses voisins ; on les appelait consatrametUaies ou compurgateurs. Leur nombre devait être plus ou moins grand , selon rBDportance de l'affaire (2), ce qui ne servit qu'à multiplier les parjures : car il y avait one sorte de point d'honneur qui ne permet- ' tait pas d'abandonner , dans ses querelles, le ehef auquel on s'était attaché , ou l'homme auquel on tenait par les liens du sang ; on se croyait obligé de le défendre de toutes manières , et de lui vouer son bras pour jurer, coffiine pour frapper.

La justice de ces temps , forcée d'abdiquer sa Taine puissance, remit au jugement de Dieu le sort de tous les cas litigieux. On se persuada que le Ciel s'interposerait d'une manière visible dans le choc des intérêts et des passions d'ici-bas , pour donner à la vérité le signe du triomphe , et la force au champion de Finnoceoce. Ce fut l'époque des épreuves et du combat judiciaire.

La Joi des Bourguignons justifiait en ces termes la pratique du combat : « Afin que ^ les hommes ne fassent plus de serments sur « des foits obscurs , et ne se parjurent point « sur des faits certains (3). »

£t il était dit au li?re des Assises de Jérusalem : « Se n'esloit la bataille de preuve de parenté, moult de maus en poroientà venir,

et des gens estre déshérités à tort et sans raison... Car de legier, troveroit-on deus homes ou femes de la loy de Rome, ou autre nation, qui s'en parjureroient pour monoie, puisqu'il seroient seurs que ils n'auroient autre péril que de eaus se parjurer (4). >»

Les épreuves furent abandonnées aux plai- ' deurs d'un rang inférieur, et disparurent insensiblement. La preuve par le combat convenait mieux au génie guerrier de nos pères ; elle subsista longtemps.

La lice n'était pas ouverte seulement pour la preuve ùe% faits , on combattait aussi pour résoudre des questions de droit. Lorsque le témoignage des hommes avait encore quelque crédit , si les plaideurs ne s'accordaient pas devant les juges sur un point de droit, on faisait des enquêtes pour vérifier les usages de la cour. Mais , quand on vint à ne plus vouloir de preuve testimoniale , il fallut bien en chercher une autre ; on s'en remit, comme pour les faits , à l'événement du combat, et le vrai texte de la coutume fut écrit sur l'arène avec le sang du vaincu.

Il s'éleva , vers le dixième siècle , un débat sur le droit de représentation dans les successions. C'était un sujet de doute et de dispute, dit l'historien (l(), que de savoir si les enfants du fils décédé devaient être comptés parmi les enfants de la famille , et pouvaient hériter avec leurs oncles dans la succession de l'auteur commun. L'empereur Olhon ordonna que la question serait vidée par le combat entre deux champions. Celui qui combattit en faveur du droit de représentaton fut victorieux, et ce droit fut établi par un décret perpétuel. On dit qu'Alphonse, roi d'Espagne, marié à la fille du duc d'Aquitaine , voulant substituer les lois romaines aux coutumes de son pays, nomma un champion de chaque côté.

(1) lois des Lombards , liv. 9, til. 55, chap. 34.

(S) M. de MoDtetqoieu , 1. 38, ch. 13, de V Esprit des Lois, ditque le nombre des compurgateura allait foelqnefois à soiiiaDle-douze. 11 allait bien au delà, ù Ton eo croit Grégoire de Tours, qui rapporte dans M» IfisCoire, liv. 8, Tezemple de 300 personnes jaranl avec Frédégonde que Clotaire était fils de Chilpéric.

(3) Multos in populo nostro et pervicatlone causantlum , et cuplditatis instinctu flà cognO' scimus depravarl, ut de rébus incertis sacramenta plerumquè offerre non dubitenl , et de cognitis juglter periurare. Cap. 45.

(4) Cbap. 167.

(5) Wilikind , abbé de Gorbie , cité par Pasquier, Recherches de la France^ liv. 4.

INTRODUCTION

et que celui des lois romaines fdt vaincu (1).

Le clergé fit des efforts inutiles pour rendre au serment sa pureté, pour ramener les plaideurs devant les autels , car le serment judiciaire se faisait dans les églises , et pour repousser l'usage du combat. Mais l'influence des mœurs fut si puissante et si opiniâtre , qu'elle l'emporta sur Fautorité de la loi canonique ; et, quoi qu'en ait dit M. de Montesquieu (2) , on vit , jusque dans les tribunaux ecclésiastiques, deschampions combattre pour la possession des monastères ou des droits qui en dépendaient (5).

Il suffira de citer entre autres un l^it que je trouve dans l'histoire d'Angleterre du docteur Henri (4). u Le prieuré de Tinmouth , dans le Northumberland, était une dépendance de l'abbaye de Saint-Alban. Un certain Simon de Tinmouth prétendit avoir le droit de foire nourrir deux personnes dans le prieuré , ce que nièrent le prieur et les moines. La cause fût portée devant le tribunal de l'abbé de Saint-Alban, et ses barons ordonnèrent le combat. Ralf Gubion , prieur de Tinmouth , parut au lieu et au temps désignés , avec son champion, qui fut vaincu ; il perdit son procès, et il en fut tellement affligé qu'il résigna surle-champ sa place. Ce combat judiciaire est d'autant plus remarquable , ajoute l'auteur, qu'il se fit dans la cour d'un baron spirituel y et que l'une des parties était un prêtre. »

Le vrai nom de ces champions, qui relevaient le gage de bataille pour ceux que leur faiblesse, leur âge , ou leur quatité , dispensaient de se présenter en personne , était celui ôl avoués.

« Se chil qui apéle ou qui est apelé veut avoir at?oti^ qui se combatte pour lui , il doit montrer son essoine (exoine , dispense). Pluriex essoines sont par les quiex , ou par l'une des quiex , l'on peut avoir avoué. Un des essoines est se chil qui veut avoir avoué, montre que il li faille aucun de ses membres. Le second essoine est se l'on a passé l'aage de soixante ans. Li tiers essoine , si l'on est accoutumé de

maladie qui vient soudainement. Li quart essoine est se l'on est malade de tierchaine ou de quartaine, ou de autre maladie apertemeot scûe et sans fraude. Li quint essoine, si femme apéle ou est apclée, car femme ne se combat pas (5). »

Plus tard, et lorsque les beaux jours du combat furent passés , tout le monde put se donner, moyennant un prix, la commodité de se battre par procuration. L'abus Ait même poussé au point que l'on en vint à louer des champions à l'année , qui s'obligeaient de combattre pour toutes les causes du maître, u Li aucuns louoient campions, en tèle manièt que ils se dévoient combattre pour toutes les querelles que ils auroient à fère, ou bonnes ou mauvaises (6). h

Je ne m'arrête point à considérer le fond de ces usages ; je traverse rapidement d'épaisses ténèbres pour faire entrevoir, aux premières clartés de la civilisation, le but où je veux arriver.

Rien n'est destructeur comme l'excès. On se dégoûta du combat comme des épreuves, comme des compositions de làloisalique, ces tarifs de la valeur des hommes et de leurs membres. On sentit enfin que les lois qui donnaient gain de cause au plus fort ou au plus adroit , ou qui permettaient au plus riche d'assassiner à meilleur marché , parce que l'argent lui coûtait moins , étaient d'une là* deuse barbarie.

Cette révolution dans les mœurs judiciaires marcha lentement. C'était un de ces évén^ ments qui doivent nécessairement arriver, mais sur lesquels le temps se réserve deux secrets : l'époque , et les moyens.

Parmi ces moyens, que les résultats nous ont dévoilés, on remarque surtout rinfluence des Croisades, de ce grand mouvement qd sembla détacher l'Europe de ses fondements pour la précipiter sur l'Asie, comm di»'^ Anne Comnène.

(1) En 1038. Dom Bouquet , Recueil des Hist, , t.ll,p. 2il.

(2) Esprit de* Lois, liv. 98, chap. 18.

(5; Dom Bouquet, Recueil des Hist., t. 9, p. 61S.

(4) Liv. 3, chap. 3, aect. Iro.

(5) Beaumanoir, Coutume de Beauvoisis, chap. i6, p. 808.

(6) Id,y chap. 28, p. 203.

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