‹ Théorie de la raison impersonnelleChapitre 28 sur 36 · PU SENS COMMUN BATIONNEL · texte numérisé non relu

PU SENS COMMUN BATIONNEL

même, jugée et condamnée sans appel . Elle pourra bien, par ses sophismes, séduire momentanément quelques esprits^ mais elle sera éteraellement repoussée par la conscience du genre humain. Ainsi l'autorité du sens commun rationnel l'emporte sur la science et sur tous les principes qui sont dus à l'expérience.

Mais en est-il de même de ce sens commun empirique si satisfait de lui-même, si arrogant à l'égard de la science? Définissons d'abord sa nature, puis nous discuterons la légitimité de ses prétentions. Tandis que le sens commun rationnel ne se compose que d'éléments absolus et nécessaires^ le sens commun empirique se compose d'éléments variables , relatifs, contingents, empruntés à l'expérience. Voici comment se forme et se compose le sens commun empirique. Vous savez que les principes de la raison ne se manifestent en nous qu'à l'occasion de l'expérience et ne la précèdent pas ; ils se développent simultanément avec elle dans notre intelligence, d'oiï il résulte qu'ils s'y trouvent nécessairement associés à un certain nombre de faits d'expérience, et à un certain nombre d'applications plus ou moins heureuses, plus ou moins étendues, soit aux faits de l'univers physique, soit aux faits de l'univers moral. Les premières, les plus faciles, les plus

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urgentes de ces applications, constituent une sorte de science grossière à l'usage de tous les hommes, et nécessaire à la conservation de leui^ existence. Ainsi l'homme même dont les facultés intellectuelles sont les plus bornées prévoit, à certains lignes précurseurs, que l'orage va éclater, et se met en quête d'un abri ; il sait que dans l'eau on se noie , que dans le feu on se brûle , que telle saison de Tannée succède à telle autre. Il n'y a pas d'homme qui n'ait de la sorte , en diverses limites , une certaine prévoyance des événements qui se reproduisent le plus fréquemment et qu'il lui importe le plus de connaître. C'est ce couh mencemeut de science, résultat d'une observation encore bien grossière et bien bornée, qui est le fondement du sens commun empirique. Ce sens commun se compose donc principalement des notions primitives que chaque individu forme nécessairement sur lui-même et sur les êtres qui l'entourent; plus tard, il s'accroît en outre d'autres notions que l'individu reçoit toutes faites de la société au milieu de laquelle il est placé. Parmi ces notions qui tombent dans le domaine du sens commun, il en est plusieurs qui d'abord ont été des conceptions et des découvertes d'esprits supérieurs relativement à leur époque^ puis elles ont fait fortune par une cause ou par une autre, elles ont successivement pénétré dans les

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intelligences, elles sont sorties de la sphère întellectuelle des esprits supérieurs et des savants pour entrer dans celle de la multitude; elles ont passé pour ainsi dire dans la circulation» elles sont devenues populaires. Chaque ûècle nous présente ainsi un plus ou moins grand nombre de notions^ de découvertes scientifiques qui sortent des livres des savants et de Tenceinte des universités^ pour venir accroître le patrimoine inteUec- ^el que le vulgaire d'une époque lègue au vulgaire d'une autre époque. Telle est l'origine de ces prévisions y de ces conjectures plus ou moins justes de la multitude sur la marche des choses du monde physique et aussi sur la marche des choses du monde moral; telle est aussi l'origine de ces maximes populaires sur la conduite de la vie, sur les divers mobiles qui^ dans les diverses circonstances , dirigent les hommes , sur les effets et les c;)uses des passions, sur le gouvernemeut des affaires privées et aussi des affaires publiques. À force detre répétées, quelques-unes de ces maximes deviennent des proverbes. Les proverbes^ comme on l'a dit bien souvent,, sont les formules, les axiomes de la science et de la sagesse moyenne d'une nation, ils constituent le fond et l'essence même du sens commua empirique de cette nation. C'est d'après l'ensemble de ces notions populaires ou proverbiales que le

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grand nombre juge , sans hésiter, de ce qui est raisonnable ou déraisonnable ^ de ce qui est poA* sihie ou impossible, et décide hardiment de la vérité et de la fausseté d'une théorie.

Le sens commun empirique se forme ainsi d'observations, de réflexions, de maximes, qui n*ont d'autre origine qu'une science nullement infaillible dans ses procédés et dans ses résultats, et qui, cependant, sont devenues, à la longue, de véritables axiomes pour la multitude en vertu desquels elle se conduit, elle juge, elle raisonne. Non-seulement elle se conduit elle-même, elle juge, elle raisonne d'après ces axiomes, d'une valeur souvent fort suspecte, mais encore elle ne conçoit pas qu'on puisse raîsonnabletnent se conduire et juger d'après d'autres principes. Celui dont Fintetligence demeure au-dessous de ce degré conunun de sagacité et de savoir est accusé partout de pauvreté d'esprit et d'idiotisme. Celui qui dépasse, au contraire, de trop haut cette science grossière et commune, celui qui contredît trop fortement quelques-unes de ses assertions, passe pour un esprit feux et chimérique, et même, assez généralement, il est soupçonné de folie. D'ailleurs, Tun et Fautre, à des titres divers, sont également jugés dépourvus du sens commun.

Aasai, mesmur8> l'histoire le dénontre, ii y a

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un péril à peu près égal à voir les choses trop tôt ou trop tard, à trop demeurer en arrière da grand nombre ou à trop le devancer. Celui qui voit le premier une vérité est en butte aux railleries et souvent aux persécutions ; celui qui est le dernier à la voir^ celui qui s'obstine à la nier encorct alors qu'elle a déjà été reconnue et acceptée par le grand nombre, celui-là est exposé au même danger» et devient» à son tour» un objet de risée et de persécutions. Voici une comparaison qui vous fera parfaitement comprendre cette marche intellectuelle de Thumanité, et ces vicissitudes auxquelles sont exposés ceux qui vont trop en avant ou qui demeurent trop en arrière des idées de leur temps. Des voyageurs s'avancent au milieu dune plaine déserte. Fatigués d'une course pénible» ils cherebent vainement des yeux un lieu de repos» ils n'aperçoivent rien à l'horizon. Tout à coup, cependant, Tun d'eux, qui a meilleure vue que tous les autres, s'écrie cpi'il découvre un clocher ; tous» aussitôt, regardent du même côté, mais comme ils ne voient rien» ils se mettent à rire de leur compagnon» ils le traitent de visionnaire. Celui-ci persiste, il soutient qu'il voit un clocher, il en décrit la forme» et les plaisanteries redoublent. Cependant la caravane continue de marcher, et voilà qu'un second voyageur voit aussi le clocher ; puis» après lui» un troisième»

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