ET BU SENS COMMUN EMPIRIQUE
un quatrième» et enfin^ presque tous le découvrent les uns après les autres. Mais il y a encore, dans la caravane, un individu à vue basse, qui ne voit pas ce que tous les autres voient, qui seul persiste à soutenir encore qu'il n'y a point de clocher, et à son tour il devient Tobjet des railleries de tous ses compagnons.
Ainsi les choses se passent, mais d'une manière malheureusement plus tragique^ dans la marche de l'humanité. Les premiers et les derniers à voir une vérité ont presque toujours, jusqu'à présent, subi un même sort, ils ont été honnis et persécutés. Les derniers des païens sont morts martyrs comme les premiers des chrétiens, et les derniers défenseurs du pouvoir absolu ont succombé à peu près de la même manière que les premiers champions de la liberté. Mais si les uns et les autres ont été des martyrs, la postérité établit entre eux une grande différence, elle ne doit aux premiers que pitié et compassion pour un aveuglement opiniâtre et fatal, tandis quelle vénère les seconds comme les bienfaiteurs héroïques de l'humanité.
Non-seulement ce sens commun qu'on oppose à la science et aux théories nouvelles, n'a jamais qu'une autorité fort contestable, parce qu'il comprend des notions empruntées à Texpérience ,
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maïs encore, et par là même, il est de sa natore essentiellement variable, et ne peut, en conséquence, servir de mesure 6xe de la vérité et de Terreur. Le sens commun empirique varie de siècle en siècle, sous l'influence de deux causes qui tendent constamment à le modifier : d'une part, le redressement des vieilles erreurs; de l'autre, l'addilion d'idées nouvelles par suite des progrès et de la diffusion des sciences. Aussi le sens commun empirique d'une époque ne sera pas le sens commun d'une autre époque, et le sens commun d'une nation ne sera pas le sens commun d'une autre nation. Transportez par la pensée, dans notre dix-neuvième siècle, un homme de bon sens du moyen âge, et cet homme, avec ses préjugés, ses erreurs, ses idées étroites, fausses et incomplètes, fera pitié à l'homme de bon sens du dix-neuvième siècle. Faites encore, si vous le voulez, dans votre imagination, l'expérience contraire, transportez l'homme de bon sens de notre époque parmi les hommes de bon sens du moyen âge. Cet homme, sans nul doute, leur aurait paru un esprit faux, chimérique et dangereux, si tout d'abord ils ne l'avaient pas pris pour un insensé.
Le sens commun empirique, à la différence du sens commun rationnel, varie donc avec les temps et avec les lieux ; non pas, il est vrai, d'un jour
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à 1 autre, mais lentement et par des modifications presque insensibles, parce qu'il faut beaucoup de temps avant qu'une idée nouvelle pénètre dans la muliitude. Le progrès du gros de l'espèce hu« maine consiste précisément dans ces variations du sens commun^ qui ne suivent jamais que de plus ou moins loin les progrès des sciences phy* siques et morales.
Ainsi la définition rigoureuse de la double acception que reçoit le sens commun nous conduit à la détermination exacte de son autorité^ de ses titres et de ses droits. Entend-on par sens commun l'ensemble des données immédiates de la raison, les croyances instinctives et nécessaires de r humanité, l'autorité du sens commun estal>* solue, et tout ce qui est condamné à son tribunal est jugé et condamné sans appel. Il n'en est pas de même du tribunal de ce sens commun empi« rique dont je viens de définir la nature, et devant lequel les hommes positifs forcent à comparaître toutes les théories nouvelles. Si vous y êtes condamné, à bon droit vous pouvez ne pas vous y soumettre et en appeler de cet arrêt à Texpérieijce et à la raison. Devant un tel tribunal, la science ne doit pas s'humilier et fléchir, car rien de plus suspect et de plus faillible que ses jugements; et si quelquefois il a eu raison contre la science et