‹ Théorie de la royauté, d'après la doctrine de Milton /Chapitre 2 sur 15 · VU · texte numérisé non relu

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l’a confédérée que comme une fin féconda ire : cependant , maintenant que deux époux aient une fois mis le pied dans l’église , qu’ils aient en quelque forte flairé le lit conjugal } l’erreur , la furprise , la différence d'humeur , de goût , d’opinion ; enfin toutes les causes morales qui leur font défirer de n’être plus ensemble , ne peuvent opérer leur féparation.

Pour peu qu’on trouve en eux d’aptitude a l’aâe phyfique de la génération , c^en eft allez pour les condamner à traîner leurs fers. Qu’importe qu’il y ait de l’antipathie ? c’ell à eux à combiner de quelle maniéré ils pourront supporter la privation du bonheur focial , qui , dans les plans de la fageffe divine , fut cependant le premier motif & la première fin de l’inftitution conjugale

Milton développe ensuite toute l’injufiiee des ftatuts relatifs a Pindiffolubilité du mariage. II fait voir que ces ftatuts faisant partie des loix canoniques, ne font dûs qu’à la fuperstition de quelques anciens peres de Péglise , & n’ont eu d’autre but que d’accroître les richefTes & la domination du clergé ; car les grecs, les romains & toutes les autres nations

civilisées établirent le divorce , non-feulement dans le cas d’une averfion réciproque ou du consentement mutuel ; mais , outre la violation de la foi conjugale, il étoit plufieurs circonftances où , à la demande de l’une des parties , on prenonçoit la féparation , quoique Pautre ne la follicitât point , & parût même defirer qu’elle n^eut pas lieu :

en un mot, le but de cet ouvrage eft de prouver , qu’outre l'adultéré on peut avoir bien d’autres raisons fuffisantes pour demander que le mariage foit diffous ; Sc qu’hors les cas exceptés par Moïse , il eft injufte & contraire à la loi de prohiber toute espece de divorce.

En établi ffant ces principes, Milton joint a la force du raisonnement l’explication des palfages de Pécriture , qu’on prétend être contraires à fon opinion.

La grande these qu*il foutient , eft que Vindispofition , l'inconvenance ou la contrariété d'humeur y lorsqu'on ne peut en changer , s'opposant aux principales fins du mariage y c'efi- à-dire, à la paix & au contentement des époux , font de plus grands motifs de divorce que t adultère

ou Pimpuîjfance, pourvu que les deux parties consentent à la fcparaùon.

En effet , il femble qu’il fercit fouverainement tyrannique qu’un homme ou qu’une femme folî’ent liés au-delà de leurs intentions réfléchies ; & puisqu’ils n’ont pu faire ensemble l’effai de l’engagement qu’ils contractent , quand les choses ne fe trouvent pas telles qu’ils fe les font promises; loin de les punir de leur ignorance involontaire , i! doit leur être permis de faire ce qui fe pratique dans tout autre marché ; c’eft - à - dire , que les deux parties, quand elles le veulent bien, peuvent retirer leur enjeu, laiffer les choses telles qu’elles étoient auparavant , ou fe libérer en payant des dommages , G le cas le requiert.

On n’eff pas moins choqué de voir que les loix fur le mariage , particuliérement la loi canonique . ne s’occupent que de la convenance phyfique des deux individus, & nullement de la convenance morale tandis que le plus fouvent les charmes de celle-ci font l’objet déterm nanr de la première : & puisque l’homme ni !a femme ne peuvent jamais être fûrs de

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la vérité des informations qu’ils font prendre par d’autres personnes, ni de l’infaillibilité de leurs propres observations, fur leur caraétere & leurs inclinations respectives, attendu qu’il ne leur eft pas permis avant le mariage de vivre dans la familiarité néceffaire à une femblable recherche ; il n’eft peut-être rien de plus cruel au monde , que de les lier d’une chaîne indiffoluble, & de ne leur biffer aucun moyen de s’en affranchir, lorsque l'antipathie , ou l’incompatibilité la leur rendent absolument insupportable.

Quant a ceux qui disent que le mariage eft un remede contre la fornication & contre l’adultere , cela n’eft vrai queutent qidil régné un amour mutuel entre les deux époux ; car fi Rengagement eft forcé , ou sfil déplaît après qu’on l’a contracté ; loin de produire un effet auffi defirable , nous voyons clairement , par l’expérience & par le raisonnement , que ce nœud fatal laiffe les hommes 6c les femmes en proie à toute sorte de féduétions ; qu’il rompt la paix des familles, expose la réputation des enfans, renverse & détruit tous les devoirs de la fociété. I! ne remplit donc pas le premier but de fon ins-

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