‹ Théorie de la valeur, avec une réfutation des théories de Rodbertus, Karl Marx, Stanley Jevons & Boehm-BawerkChapitre 10 sur 184 · CHAPITRE 1. — LES RICHESSES HU.M AINES · texte numérisé non relu

CHAPITRE 1. — LES RICHESSES HU.M AINES

suffisante OU slrictemenl liiBÏtée aux besoins éventuels, tandis que l'eau non potable e-t [)lus abondante qu'il n'est nécessaire. La pèche est libre en pleine mer, tandis qu'en eau douce elle est souvent affermée ; mais, ne serait-il pas faux de croire que les hommes, pour établir cet usage, se sont inquiétés de savoir si la quantité de poisson péché surpasse ou non les besoins généraux, d'ailleurs bien variables ? Ou encore, pour prendre un exemple plus important, est-il bien certain que, dans nos pays civilisés, le sol propre à la culture ne suffise pas à fournir les quantités de céréales, de légumes, etc., dont le genre humain entier a besoin? On pourrait facilement prouver le contraire.

Toutes ces distinctions appartiennent à la période piimiiive de la science économique et les explications de cette sorte nous prouvent par trop que leurs auteurs se sont préoccupés de faire concorder leurs définitions bien plus avec leur système qu'avec la vie réelle.

En recherchant pourquoi ces richesses sont librement accessibles à tous les hommes, tandis que d'autres se trouvent en la possession exclusive de certaines personnes ou de certaines collectivités, nous nous trouverons en réalité en présence de tout un ensemble d'inQuences ; parmi elles nous rencontrerons, il est vrai, la quantité disponible des richesses et la masse de travail humain qu'exige leur production ; mais nous aurons aussi à tt^nir compte d'autres facteurs sociaux, facteurs décisifs parfois, qui ne trouvent leur explication que dans l'ensemble de la civilisation humaine.

Supposons que l'eau de la mer et l'air atmosphérique soient aussi faciles à allotir que le sol ; il est évident qu'ils seraient aussi aptes que lui à être transformés en propriété privée et par conséquent à être vendus, achetés, ou même loués ; se réclamant de leurs « droits acquis », les propriétaires, dans un cas comme dans l'autre, ne céderaient leurs possessions que contre une certaine compensation et ces possessions auraient ainsi une « valeur d'échange ».

Prenons un autre exemple : le bétail est actuellement rangé

30 PAirriK 1. INTRODUCTION

au nombre des biens économiques tandis que, depuis quelques diz-aincs d'années, l'bomme ne peut plus èlre acheté ni vendu (dirociemenl du moins et sauf exceptions). La cause de celte dillerence ne doit sans doute pas être cherchée dans le phis ou moins de travail exigé de part et d'autre par la production des bestiaux et des êtres humains ; pas davantage dans la quantité disponible de ces deux espèces d'êtres vivants. La cause eu est dans le progrès général de la civilisation qui ne tolère plus l'esclavage ou, du moins, ne le tolère plus aussi franchement ni aussi généralement qu'autrefois.

Dans le cours des siècles, ce même progrès de la civilisation a, d'une part, soustrait beaucoup de richesses à la sphère des biens économiques pour les ranger parmi les biens non-économiques et librement accessibles. On peut considérer les chemins, les rues, les canaux et les digues, les musées et les parcs publics comme soustraits déjà aux transactions régulières, bien que les éléments nécessaires à leur création et à leur maintien puissent appartenir encore à la deuxième catégorie de richesses que nous venons de distinguer et posséder même une grande valeur d'échange.

D'autre part, des richesses passent incessamment de la catégorie des biens non-économiques à celle des biens économiques. Ce phénomèue se rencontre journellement dans les pays nouveaux et dans les colonies des Etats modernes. L'appropriation du sol en est un exemple, appropriation faite soit au nom da « droit du premier occupant », soit au nom du « droit de conquête » ; ce sont deux formes de « droit » que nous ne voulons nullemeut défendre comme telles, mais il faut constater cependant que, même parmi les peuples les plus civilisés, elles sont encore reconnues et maintenues.

Le même phénomène se manifeste ensuite dans les pays modernes où fréquemment les biens non-économiques passent au rang des biens économiques parce qu'ils deviennent pJus rares et que leur acquisition coûte par conséquent plus de travail qu'auparavaut. C'est ce qui arrive pour le bois dans une

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