CHAPITRE Mil. LA VALKUR Dli PRODUCTION CAPITALISTE 2'.l
trouvons ici des dépenses de main-d'œuvre telles qu'elles s'expriment en salaires et appointements.
Au lieu de la quantité de travail immédiat dépensé par d'autres producteurs à la fabrication de matières premières et secondaires, se présentent à nos yeux les prix de marché de tous les matériaux, comprenant leurs frais de production et de circulation augmentés du profit d'entreprise que leurs fabricants ont su réaliser. Dans le cas spécial où l'entrepreneur capitaliste produit lui-même une partie des matières premières ou secondaires, il sera enclin à ne plus compter les propres frais de production représentés par ces matériaux, mais leur prix de marché, et à calculer son profit de la même façon que s'il avait dû acheter tous les matériaux au marché. Pour une partie de ces dépenses, il jouira ainsi d'un double gain et c'est là, en effet, un procédé fort connu des grands entrepreneurs industriels. Celte fabrication leur permet souvent de se procurer un profit supplémentaire, ou de mettre leurs marchandises en vente à des prix moins élevés que ceux de leurs concurrents (1).
Enfin l'usure des bâiiments, machines, outils, etc., ne s'exprime pas en heures de travail nécessaires à la conservation du matériel de production ; pas davantage en une quote-part de la quantité to'ale de travail immédiat exigée par leur construcliou ; elle s'exprime en frais de réparation se réduisant encore en frais de production et profits ; ou bien, — et cela revient au même eu dernière analyse, — elle s'exprime en uue fraction du capital total, notée par l'entrepreneur pour l'usure de son matériel de production.
(1) « Un fabricant de fonte de fer peut être aussi le producteur du minerai, du coke, du charbon et de la pierre calcaire qu'il emploie : il peut encore être le producteur de quelques-uns de ces matériaux et acheter les autres. Lorsqu'il les achète, il est autorisé à compter, comme un élément légitime de ses frais, ce qu'il doit payer au marché pour les matériaux; et il arrive parfois qu'un industriel, fabriquant son propre minerai ou ses autres matériaux, considère comme parfaitement légitime, en faisant le compte de ses frais, d'y faire entrer ces produits aux prix de marché qu'il aurait eu à payer pour eux, s'il avait dû les acheter. Cette observation expliquera souvent les différences dans les frais attri-
21) i l'ARTIE IV. — LA VALEUR DE PRODUCTION
En passant, nous avons déjà parlé d'une erreur comtnise à ce sujet par la doctrine moderne de la valeur-de-lravail, telle qu'elle est développée, par exenople, dans le troisième tome du Capital de Marx. Cette doctrine a précisément méconnu l'évolution historique que nous venons de constater et a voulu maintenir la loi de la valeur-de-trayail primitive en pleùi développement dit mode capitaliste de production et de disivihulion. Marx s'est appliqué en particulier à démontrer que la valeur primitive est encore cachée « derrière » le coût de production capitaliste des marchandises et « domine» toujours les prix de marché de celles-ci (1).
Certes, malgré de semblables assertions, les meilleurs représentants de la doctrine moderne de la valeur-de-travail ont reconnu en principe que les prix des marchandises, tels qu'ils se fixent sur le marché capitaliste, se sont détachés de la valeurde-travail primitive. Ils étaient obligés de le reconnaître pour pouvoir expliquer le [ihénomène du taux du profit moije^i, — trait caractéristique du mode de production et de distribution capilciliste dans une certaine phase de son développement. Nous nous occuperons ici de la même question, en tant qu'elle touche à l'analyse de la valeur d'échange sous le capitalisme développé et le régime de la concurrence libre et générale.
Dans les pages précédentes, nous avons vu que la production capitaliste est caractérisée à son origine par le nivellement tendantiel des prix de marché, abstraction faite des différences de
bues aux différents matèi'iaux. » (Sixth Annual Report, introd., pages 13-14.)
(1) « En outre, quel que soit le procédé d'après lequel les prix des marchandises aient pu être déterminés et réglés au début les uns par rapport aux autres, leur mouvement est dominé par la loi de la valeur. » {Das Kapital, tome 111, première partie, chap. x, p. 156; cf. trad. fr., p. 187.) « Mais ce que la concurrence ne montre pas, c'est la détermination des valeurs, laquelle domine le mouvement de la production ; ce sont les valeurs qui, derrière les prix de production, les déterminent en dernière instance. » {Loc. cit., chap. Xll-iii, p. 188; cf. trad. fr., p. 224.) Cf. encore les autres passages du troisième tome du Capital auxquels nous avons renvoyé à la page 188 de cet ouvrage.