CHAPITRE II
LES DIFKEltKNTKS FORMES DE « VALEUR »
Il n'y a guère de question économique qui prêle autant à la discussion que celle de la valeur des biens. Il est d'autant plus important de nous en convaincre de prime abord que toute la science économique et notre connaissance des phénomènes sociaux les plus divers dépendent étroitement de la notion que nous avons de la valeur des richesses.
Selon le point de vue d'où nous la jugeons, la valeur des choses peut nous apparaître bien différente, aussi bien dans sa nature que dans ses proportions. Nous devrons en examiner les formes diverses avec leurs caractères respectifs en les distinguant entre elles d'autant plus rigoureusement que nous voyons incessamment une forme de valeur agir sur l'autre.
Dans la science économique, rien n'a apporté tant de trouble, rien n'a mené à tant d'erreurs entraînant de graves conséquences sociales, que la confusion de ces différentes formes sous le terme général de « valeur ». Pour nous orienter parmi les différents points de vue d'où nous aurons à examiner la valeur des richesses, nous nous arrêterons à quelques observations historiques.
La science économique moderne compte deux théories rivales, différant précisément par le principe qui leur sert à juger la valeur et par la forme de valeur qu'elles mettent au premier plan et qu'elles considèrent comme décisive dans la vie sociale.
CHAP. H. — Li:S DirFÉRENTliS FOR.MKS DE LA. <( VALEUR » 33
Nous en avons fait tnenlion en passant dans notre préface, îl est évident iiu'il reste, entre l^^s deux courants, des écoiiomisles n'adoptant pas précisément l'une ou l'autre de ces Ihcories, bien qu'ils se i approchent de l'une o;i de l'autre.
Les deux principes que nous visons sont la satisfaction des besoins humains et la production pour rechange. Les écononaistes qui envisagent de préférence la valeur des richesses humaines du premier point de vue, se basent, dans leurs théories, sur la consommalioti ; lesaulres, sur la production des richesses.
La première doctrine est défendue par les représentants de toute nuance de la théorie %itilitaire. Ils présentent d'une façon plus ou moins nette la valeur d'un objet comme déterminée par son utilité, c'est-à-dire par le plaisir ou Vavantage qu'il peut donner ; cela s'applique non seulement à la valeur subjective que le consommateur peut trouver dans cet objet (ce que nous appelons sa valeur d\isage), mais aussi à la valeur que l'objet peut réaliser sur le marché, quant on l'échange contre des objets d'une autre nature (va/eur d'échange).
Cette catégorie d'économistes ne prend pas assez en considération — nous aurons l'occasion de le démontrer amplement — le côté objectif de la production et d^; l'échange ; elle a cherché en définitive dans les estimations subjectives de la valeur des biens par les acheteurs et les vendeurs les ba-.es des prix de marclié de ces biens (1).
(1) Il s'agit ici d'un trait vraiment caractéristique de cette école. M. Bôhm-Bawebk dit : « Ce qui est plus important encore, c'est que le prix est, du comnaencement jusqu'à la fin, le produit d'évaluations subjectives. » [Kapital und Kapitalzins, t. II, livre III, ch. II, ii, D.3« édit., Innsbruck,-1912, p. 375.)
" Nous pouvons donc à bon droit qualLÛerle prix comme étantlarésultante des évaluations personnelles de la marchandise et de la marchandise numéraire, telles que ces évaluations se rencontrent sur le marché.» (Loc. cit., p. 376.)
Voir aussi W. Stanley Jevoss, The Theory of Political Economy, chap. III : « C'est sur cette base complexe de besoins inférieurs et de hautes aspirations que l'écsuomiste doit édifier la théorie de la production etde la consommation. > Celte opinion du professeur T. E. Banfield,
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