CHAPITRE XV, — VALEUR I)'kcHAN(;K KT PRIX 1)1! MARCIIK 'VU
remarquer expressément que le ho7no œconomicus que l'on a vu au marché, cet élre « ayant pour unique but le maximum de bien-être matériel », ne peui plus être pour noua qu'une pure abstraction. C'est non seulement parce que l'homme est toujours plus que homo œconomicus (voir la préface de cet ouvrage), mais aussi parce que la recherche du maximum de bien-être matériel reste toujours une notion très générale, dont la signification varie avec les conditions sociales dans lesquelles l'homme est placé. Nous nous verrons donc toujours obligés de bien envisager avant tout le milieu où se trouve placé \ehomo œconomicus. Et dans notre étude de l'achat et de la vente des marchandises au marché, nous serons incessamment rappelés au fait que nous devons nous placer dans la société réelle dominée par des rapports capitalistes de production et de consommation. Dans cette société, nous ne l'oublierons pas, les transactions entre acheteurs et vendeurs s'accomplissent tout autrement que si les besoins et désirs des uns et des autres pouvaient se manifester avec liberté.
Caractérisons maintenant à notre tour, pour compléter la critique que nous avons exercée antérieurement sur la théorie utilitaire, le phénomène de l'échange des marchandises tel qu'il €6 présente dans la société capitaliste moderne.
Voici ce que nous avons à constater : généralement l'acheteur ne se présente pas au marché capitaliste l'esprit rempli de certains prix préétablis correspondant aux besoins ou désirs personnels qu'il espère satisfaire par chacun des articles qu'il désire. Au contraire, dans la suciélé moderne, il trouve les prix fixés d'avance parles producteurs qui se basent pour leurs calculs sur les frais de production des marchandises. L'acheteur fait son choix subjectif parmi ces marchandises selon ses propres besoins et désirs, autant du moins qu'il a le choix libre. Par ce choix subjectif, le consommateur peut réagir, à son tour, sur la valeur d'échange et le prix de marché. L'iiitluence qu'exerce chaque consommateur en particulier paraît généralement une quantité négligeable, précisément parce qu'elle dépend d'une
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seule personne. Lorsque, cependant, nous regardons la colleclivité des acheteurs et leur demande totale de chaque article, cette influence exercée par les consommateurs devient d'une importance réelle.
Selon ces principes généraux, la valeur de production restera toujours, pour la très grande partie des articles d'usage journalier, l'élément essentiel dans la constitution de la valeur d'échange et la fixation du prix de marché, tandis que la valeur d'usage n'exerce d'ordinaire qu'une influence secondaire. Le phénomène contraire ne se présenlera au marché capitaliste qu'exceptionnellement ou pour ceitaines catégories bien déterminées de marchandises. Que l'on se rappelle notre chapitre sur les bases de la valeur objective et ce que nous y avons dit des diverses catégories des richesses.
Si nous avons mis en relief le caractère capitaliste du marché actuel, c'est que nous avons voulu le distinguer expressément des marchés tels qu'ils se présentent dans les contrées isolées et peu développées au point de vue capitaliste, où certaines mœurs et coutumes anciennes influencent encore les transactions des hommes et souvent même rejettent à l'arrière-plan l'action générale du coût de production. Le marché capitaliste, que nous considérons ici, se distingue non moins catégoriquement de certains marchés que nous rencontrons même dans les contrées les plus développées pour quelques articles tels que les vieux livres et les vieux habits, les objets rares, etc., et oij l'ancien commerce avec son marchandage a continué d'exister. Ces dernières sortes démarchés font persister, pour ainsi dire, une phase transitoire entre les marchés des peuples demi-civilisés, où la valeur d'usage reste l'élément prédominant dans la constitution de la valeur d'échange et la fixation des prix, et le marché capitaliste moderne, où c'est généralement la valeur de production qui joue ce rôle. Ce que nous caractérisons ici par « phase transitoire » se rapporte à un système d'échange appliqué encore par plusieurs peuples, même européens, en ce qui concerne des catégories de marchandises pour lesquelles le marché présente un ca-