CHAPITRE XV. VALIiUR d'kGIIANGE ET PRIX DU MARClll^; 3o l
de celle marchandise qui est fabriquée et portée au marché dans les conditions les 7noms favorables, mais qui est ewore absolument nécessaire à la satisfaction de la demande totale, telle quelle se fait valoir au marché. La valeur de production sub~ jective de cette qua?itité de la marchandise comprend le profit moyen dajis la braiiche de Viiiduslrie et du comimrce à laquelle la fuarchandise appartient.
Le principe que nous venons de formuler est depuis longtemps reconnu comme le prineipe général de la constitution des prix en ce qui concerne les produits de l'agriculture (1). Nous nous trouvons ici au cœur de la discussion soulevée par la théorie classique de Ilicardo : le prix de marché est-il, comme le pense Ricardo, régi par les frais de production dépensés dans les circonstances les plus de favorables [tlie most imfavourable circumstances)'} Devons-nous, au contraire, avec d'autres économistes, estimer que le développement général de la production se caraclérise précisément par le fait que ce sont les marchandises produites et apportées au marché avec les moi7idres frais qui régissent le prix de marché pour toute la quantité de la marchandise vendue? Ce prix de marché décide-t-il, en définitive, des frais que l'on peut rationnellement dépenser à la production de chaque article de consommation (2)?
(1) Voici encore, pour les produits agricoles, l'enquête déjà citée de Vlnduslrial Commission : « Les prix des produits agricoles d'une ferme sont déterminés par le coût de leur production par les moins capables parmi ceux qui disposent de la quantité de capital, de maind'œuvre et de terre requise pour produire la provision nécessaire. » {Report vol. VI, loc. cit., § 12, p. 32.)
(2i «A une conférence entre les producteurs de lait fournissant la ville de New-York, et la direction du Neic-York Milk Exchange, qui distribue une très grande partie du lait consommé dans cette ville, les représentants des intérêts des producteurs essayèrent d'expliquer qu'ils perdaient de l'argent en fournissant du lait ù VExchange à 2 cents par quart. Le Milk Exchange répondit qu'il pouvait se procurer à ce prix tout le lait nécessaire pour la consommation de ses clients, et que la question de savoir si les fermiers des cinq Etats limitrophes de New- York pouvaient fournir le lait à ce môme prix n'était pas une question dunt le distributeur eût à se préoccuper. » {Loc. cit., § 11, p. 31.)
352 l'Ainiii V. — LA VALiîuii d'échange
La discussion de la lliiiorie de llicardo a surtout porté sur des mots. Lorsque celte théorie admettait que la quantité de blé produite dans les circonstances les plus défavorables décide du prix du blé, elle ajoutait expressément la réserve suivante : que cette quantité de blé fût nécessaire à rap[)rovisionnement du marché. D'autre part, les économistes qui prétendent que les marchandises produites dans les conditions les plus favorables règlent le prix du marché, ont toujours supposé tacitement que les marchandises produites dans ces conditions suffisaient à satisfaire la demande totale et effective.
Les inarchandises produites dcms les conditio7is les plus défavorables, mais néanmoins nécessaires pour satisfaire la demande, ou bien les marchandises produites dans les conditions les plus favorables et avec les moindres frais, mais suffisant en tout cas à pourvoir à la demande, — voilà deux notions qui coïncident dans la vie pratique.
A notre avis, il s'agit ici, dans les deux formules, du même principe régissant la constitution de la valeur d'échange et da prix de marché, et ce principe s'applique à la très grande partie des produits d'usage journalier, partout où ils s'échangent sous le régime de la libre concurrence entre producteurs et consommateurs.
Dans l'agriculture, l'inégalité de la rente foncière et l'existence de ce que Marx a appelé la rente différentielle s'expliquent par le seul fait que, d'une part, les champs plus fertiles ou mieux situés peuvent livrer le blé au marché avec des frais de travail et de capital moindres que ceux des champs moins fertiles ou mal situés, tandis que, d'autre part, le prix est le même pour tout le blé apporté au marché.
Dans l'industrie se présente un phénomène aualogue. Les grands entrepreneurs industriels travaillent d'ordinaire dans des conditions exceptionnellement favorables ; ils possèdent les moyens techniques les plus développés et l'outillage le plus perfectionné ; ils peuvent faire des économies considérables sur les matières premières et secondaires ou sur les frais de trans-