CHAPITRE XV. — VALEUR d'ÉCHANGE ET PRIX DU MARCHÉ
port. Ils sont donc généralement à même de réaliser un surplus de profit, ce qui peut leur permettre de payer des dividendes exceplionnellement élevés à leurs actionnaires en dehors de toutes les dépenses pour renie foncière, intérêt des capitaux empruntés, etc.
Pour les catégories plus restreintes et aussi moins importantes des marchandises dont nous avons parlé aux pages 169 à 171, catégories où c'est la valeur d'usage qui domine les transactions et où la valeur de production se lient tout au plus au second rang en influençant seulement les évaluations personnelles d'utilité de la façon que nous connaissons, c'est une loi analogue qui règne.
Bien qu'au marché capitaliste libre cette autre loi ne s'applique que rarement, comme nous l'avons constaté dans ce chapitre même, il importe de la formuler en passant comme faisant pendant à l'autre.
La valeur d'échange et le pri.v de ces marchandises tendent à coïncider avec le niveau de valeur d'usage le plus élevé juS' qiioa un acheteur ou un groupe d' acheteurs doit aller né~ cessairement pour contenter le vendeur et pour vamcre la concurrence d'autres acheteurs et jusquoi' il est décidé à aller pour satisfaire ses besoins ou drsirs, n'ai/ant pas atteint le maxinimn des sacrifices qu'il peut faire en vue de cette satisfaction.
Dans cerlaiaes ventes aux enchères de vieux livres, antiquités, objets d'arts, etc., cette loi se confirme en fait par les tàtonne- -menls des vendeurs, afin de connaître exactement le niveau le plus élevé dont nous venons de parler.
Nous nous approchons ici — on le voit — de la Théorie ulili- 1aire, comme tout à l'heure et pour la grande masse des produits de consominalion journalière, nous nous sommes approchés de la Théorie du coùl-de-produclion. Et, celte fois encore, il faut fiire une distinction n-cessaire.
Selon la Théorie utilitaire, un se la rappelle, ce n'est pas sur i'utilité la plus grande ou sur l'utilité moyenne, mais, en règle Cornélissen 23
PARIIK V. LA VAI.Krii I) KCIIANCK
générale, sur la moindre tilililé (l'iilililé minima) qu'un bien pourra pruddire, que tendra à se régler son prix de marché. C'est là le sens tant de la notion du (iren:.mcl;eii de l'école autrichienne que du Final Degree of l'iUHij de Jevons, de « l'ialensité du dernier besoin satisfait » de Walras, etc. (1).
Evitons, ici encore, de discuter sur des mots.
Lo niveau d'utilité le plus élevé jusqu'oui un acheteur ou un groupe d'acheteurs a dû aller pour contenter le vendeur et vaincre la concurrence des autres acheteurs, ou bien le niveau le moins élevé jusqu'où cet acheteur a pu descendre malgré les exigences du vendeur et malgré la concurrence, — voilà ce qui revient au même dans la réalité.
C'est donc en distinguant entre les différentes catégories de marchandises selon leur nature et le caractère historique et social du marché que nous arrivons ici à fondre ensemble les deux grandes théories de la science économique (2).
(1: Voir nos chapitres iv (notamment les pages 60 et suiv.) et VII, i.
(2 Dans notre chapitre sur les bases de la valeur objective, nous avons constaté l'existence d'une grande variété de nuances dans l'action des valeurs d'usage et de productiou sur la constitution de la valeur d'échange objective. Après avoir formulé maintenant les lois de la valeur et du prix, nous choisirons encore un cas où il s'agit de marchandises de nature littéraire, artistique ou scientifique, pour démontrer nettement la complexité de la vie économique réelle en matière de valeur objective des marchandises.
Lors de l'enquête allemande sur le Syndicat des fabriques de papiers-à imprimer. M, Reismann-Grone, propriétaire et imprimeur de la liheinisch'Westfalîsche Zeitung, exposa dans les termes suivants la façon deprocéder de l'entrepreneur capitaliste propriétaire d'un journal : « Si j'arrive aujourd'hui dans une ville, par exemple à Essen, et que jeveuille y fonder un journal, je me demande d'abord : à quelle classe de la population le journal sera destiné. Si c'est à des ouvriers, je prends 50 pfennigs et en encaisse le montant tous les mois ; dans les milieux d'artisans-, je vais jusqu'à 60 ou 70 pfennigs et encaisse également tous les mois 1& montant. On monte ainsi toujours et on prend par exemple pour la bourgeoisie aisée 3, 4 ou 5 marks et pour la classe absolument supérieure, la plus riche de la population, 6, 7. 8 ou 0 marks par trimestre. Ap7~i's avoir déterminé ainsi à quel milieu le journal sera destiné et quel prix je veux prendre, je fais mes calculs : Qu'est-ce que je