‹ Théorie de la valeur, avec une réfutation des théories de Rodbertus, Karl Marx, Stanley Jevons & Boehm-BawerkChapitre 14 sur 184 · GHAP. 11. LES DIFFÉRENTES FORMES DE LA « VALEUR · texte numérisé non relu

GHAP. 11. LES DIFFÉRENTES FORMES DE LA « VALEUR

cette substance sociale commune » qui est « le temps de travail » (1).

Tout en admettant que la valeur d'écha^ige des choses est la « valeur» par excellence, tout en s'appliquant à analyser cette seule forme de valeur, cette calégoried'économistes n'a pas assez tenu compte des lois de l'échange lui-même. En réalité, ce qu'elle a développé, c'est une forme de valeur toute différente que, sous le nom de valeur de production, nous distinguerons rigoureusement de Id^valeur d'échange.

Depuis qu'Adam Smith a exposé la nature de la valeur des biens dans son double caractère de valeur d'usage et de valeur d'échange, on s'en est tenu à cette double forme et cette distinction est devenue pour ainsi dire officielle. Je me demande comment il a été possible de la maintenir pendant plus d'un siècle sans remarquer que, sous une de ces formes, celle-là même qui paraissait de la plus grande importance pour les économistes, s'en cachait encore une troisième.

En ce qui concerne la différence entre ces deux courants, je suis convaincu que, des deux côtés, on aurait pu s'épargner beaucoup de malentendus et d'erreurs, si l'on avait mieux distingué la notion de la valeur sous ses diverses formes et évité de désigner parle même terme général et par conséquent vague de « valeur » des notions tout à fait différentes. La distinction aurait dû être d'autant plus nette que chacune de ces formes peut influer sur une des autres, sinon sur toutes les deux. Maintes fois, à mon avis, on aurait pu s'entendre ainsi sur un terrain scientifique oii a régné, jusqu'ici, la plus déplorable confusion d'idées (2). Sur plusieurs points la théorie delà valeur, exposée

(1) Karl Marx, Das Kapital, tome I, chap. i, p. 6; cf. trad. fraaç., p. 15, col. 1.

(2) Donnons encore un exemple de cette contusion. Voici un lieu commun que l'on trouve fréquemment, en termes plus ou moins variés, dans la science économique :

« Les choses n'ont pas de valeur, parce qu'elles coûtent du travail, mais on y dépense du travail, parce qu'elles ont de la valeur. * C'est la phrase de Condillac : « Une chose n'a pas une valeur, parce

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dans le présent ouvrage, mettra d'accord les deux théories dites : Théorie ictililaire et Théorie du coft-de-production.

A C(Mé du troisième terme de valeur de production, .'i|ipli(|ué h la nouvelle forme de valeur que j'ai distintçiiée, j'ai maintenu les deux autres termes df valeur d\csage et de valeur d'échange. Je l'ai fait non seulement parce que ces deux termes sont introduits et n.ituralisésdans la science économique depuis plus d'un siècle, ce qui ne suffirait pas évidemment pour qu'on les maintînt, mais aussi par.^e que toute tentative de les remplacer par un autre terme m'a paru avoic échoué jusqu ici (I).

qu'elle coûte, comme on le suppose ; mais elle coûte, parce qu'elle a une valeur. » (Condili,ac, Le Com'uerce et le Gourevnemenl, \"^ partie, chap. i, p. 15.)

Cette formule exprimant l'opinion di'-linitive de l'école de J.-B. Sat a été répétée jusqu'à nos jours, sans réflexion, par plusieurs économistes.

Pour se convaincre, cependant, que le mot de « valeur » est employé dans les deux membres de cette phrase en un sens tout à fait différent, on n'a qu'à l'appliquer à des exemples concrets, tout en paraplirasant le mot de « valeur ». Si l'on ne veut pas écrire des non-sens, on devra donc formuler la phrase par exemple comme il suit :

Le fer, le blé, le beurre, etc., n'ont pas de valeur (ne peuvent pas réaliser une valeur au marché), parce qu'ils coûtent du travail, mais on y dépense du travail, parce qu'ils ont de la valeur (parce qu'ils peuvent être transformés eu objets utiles, ou bien être manf,'és, etc.).

Dans le premier membre de cette phrase la notion de « valeur » n'est autre en délînltive que la valeur d'échange, dans le deuxième c'est la valeur d'usage, sinon la phrase entière lera incompréhensible.

(1) Pareille tentative a été faite par M. Bôhm-Bawerk dans son livre Kapital und Kapitalzins (tome II, livre 111. ch. I, i, p. 2J2i. Il propose de distinguer entre valeur dans un sens subjectif et dans un sens objectif {Wert im subjehtiven und Werl im objehtiven Sinn). Abstraction faite encore de la manière peu logique, dont me paraît motivée cette distinction, la distinction elle-même, sans doute, est peu propre à exprimer le caractère spécial que revêtent ces deux formes de valeur discernées dans notre ouvrage par les termes de valeur d'usage et valeur d'échange. Aussi, dans toutes les formes de valeur, comme nous le verrons, se présentent les éléments subjectifs et objectifs. A cet égard encore la nouvelle distinction de M. Bôhm-Bawerk nom paraît insuflisante. Si les qualifications de « valeur subjective » et « valeur objective » peuvent uous servir parfois à distinguer des notions entre elles, nous devrons maintenir, à mon avis, les termes existants pour analyser le caractère de la valeur sous chacune de ses formes.

CHAP. II. LES DtFFKRKNTLS l-OBMIS DE LA (' VALEUR )) 37

Les deux tenues indiquent, du reste, avec une clarté suffisante, que l'on vise la valeur en laut (ju'elle trouve son fondement soit dans la satisfaction des besoins des consomma leiirs, soit dans la production pour le inarché ; autrement dit. qu'une forme de valeur se manifeste dans /a consoinmation, l'autie dans l'échange.

On pourrait élever une objection contre le ter:iie de valeur d'échange pris dans le sens littéral du mol : dans les rapports sociaux modernes, il n'y a lieu de parler que par exception d'échanges proprement dits, n'échanges tels que les a connus la société pré-capitaliste, caractérisés par l'absence de l'argent comme intermédiaire.

Cependant, en substituant au terme ancien de valeur d' échange de nouveaux termes, comme valeur de co?nmerce, valeur de marché, ou n'importe quel autre, on se heurte à divers inconvénient? et l'on doit reconnaître (jue ces expressions sont une nouvelle source d'équivoques. Cela deviendra visible dès que nous commencerons à analyser de plus près cette forme spéciale de valeur.

Pour tous ces motifs nous avons conservé le terme de valeur d'échange, ne voulant pas contribuer pournotreparl à augmenter l'obscurité déjà si grande dans ce domaine de la science économique.

En ce qui touche la valeur des richesses, la science économique a comme tâche l'analyse de celle valeur au double point de vue des besoins humains et delà production pour le marché moderne. Là est le point décisif. Dans la première partie du présent volume de notre ouvrage, nous aurons donc à faire l'analyse de la valeur d'nsage, dans les suivantes, celles des valeurs de production et d'échange.

DEtJXIEllE PARTIE

La valeur subjective.

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