CHAPITRE III
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LA VALEUR d'USAGE COMME VALEUR SUBJECTIVE
Tous les biens peuvent être comparés les uns aux autres relativement à leurs quantités et qualités ; aussi peut-on partir, pour faire cette comparaison, de différents points de vue selon les propriétés ou qualités des biens qu'on envisage et qui servent de base à la comparaison. Un de ces points de vue est leur aptitude à satisfaire certains besoins ou désirs humains, — c'està-dire leur « utilité » ou du moins les propriétés et qualités qui les rendent propres à notre usage (1).
Tous les biens — économiques ou non-économiques — sont plus ou moins aptes à « servir » aux hommes et à leur être « utiles ». Nous l'avons vu : dès que les choses perdent €6 pouvoir, elles cessent d'être rangées parmi les richesses humaines et sont rayées du nombre des biens. Une mine d'or
(1) « Si j'emploie le mot de besoins, c'est que c'est là une expression sous laquelle on peut ranger les choses les plus diverses, et qu'elles reçoivent ainsi un caractère commun qui les rend mesurables. » (Hegel, Philosophie des Rechts, § 63, Zusatz.)
Sur l'idée d'une « mesure » pour la valeur des choses, voir plus haut l'analvse de la notion de valeur.
épuisée ou un soulier usé n'onl plus de valeur, et cela dans tousles sens du inot. S'ils ont encore quelque valeur pour une autre deslinatiou que celle de mine ou de vêlement, — le soulier par exemple comme « guenille » servant de matière première pour une industrie quelconque, — cela dépendra de nouveau de leur utilisation possible en vue de celte nouvelle destination.
La seule a[)tilude des choses à satisfaire des besoins ou des désirs humains ne suffil pas pour leur accorder une valeur d'usage. La notion de valeur d'usage est, en définitive, écononiique et — selon ce qui a été dit plus haut dans nos considéralions générales sur la valeur — il est évident qu'elle suppose l'existence d'un rapport économique entre la chose évaluée et un homme ou bien une collectivité d'hommes.
Tandis que, par la qualification « d'utile » ou par la supposition que les biens peuvent servir à notre usage, nous n'exprimons pas autre chose que l'aptitude générale des biens à satisfaire nos besoins ou nos désirs, nous ne pouvons parler au contraire de la valeur d'usage d'une chose que lorsqu'un sujet — hoaime seul ou collectivité d'hommes — s'est mis ou peut semettre eu rapport avec elle en qualité de consommateur.
La définition générale de la valeur d'usage se formule donc comme il suit : cest Vintérêt qu'une chose peut avoir au point de vue de la consonmation^ pour wi homme quelconque ou tme collectivité dliommes, par son aptitude à satisfaire certains besoins ou désirs humains.
Il résulte de cette définition que. lorsque le rapport social et économique dont nous venons de parler n'existe pas pour des raisons extérieures, on ne parle pas, communément, de la valeur d'usage d'une chose, bien que son aptitude à servir à la consommation soit incontestable. Il en est ainsi de nombre de biens non-économiques que l'homme n'utilise, pour ainsi dire, qu'accidentellement, mais au sujet desquels, dans les autres cas^ on ne saurait parler d'un rapport d'usage. Ainsi, la pluie, le vent, la mer comme telle (à distinguerd'une quantité quelconque d'eau