CHAPITRE XVI. — LA VALEUR TOTENTIELLE
Nous devons nous occuper d'un peu plus près des richesses qui existent déjà à l'heure présente, mais dont la valeurd'échange ne pourra se réaliser que dans l'avenir. Si l'on y rélléchit, toutes les richesses qui sont actuellement à la disposition de l'homme avant d'avoir fait leur apparition au marché appartiennent à cette catégorie.
Regardons, par exemple, les marchandises emmagasinées, les étoffes entassées pour la vente dans une boutique quelconque. Ces marchandises possèdent une certaine valeur de production. Elle est naturellement, nous le savons par notre analyse précédente, susceptible de variations ; des perfectionnements techniques dans la production peuvent en diminuer la valeur de production sociale. Mais le fait que ces marchandises possèdent de
pas exacte, d'une façon générale. Toute l'activité économique de prévoyance est plutôt fondée sur le fait que nous apprécions plus haut les biens futurs. Lorsque l'homme isolé amasse et conserve une provision de fruits, cela veut dire qu'il les apprécie plus haut dans l'avenir, tandis qu'aujourd'hui ces fruits, peut-être, ne satisfont plus aucun de ses besoins et que, par conséquent, il ne se donnerait aucune peine pour les cueillir. Lorsque, sous [le régime monétaire, quelqu'un met en réserve une partie de son revenu pour l'achat futur de tels ou tels objets de consommation, cela veut dire qu'un certain objet, qu'on peut se procurer pour une certaine somme, a plus de prix pour lui dans l'avenir que maintenant. » ^Robert Liefm.\nn, Ertrag und FAnkomtnen auf der Grimdlage einer rein subjektiven Wertlehre, léna, 1907, chap, ii, p. 13. 'i Cf. aussi LuJO Brentano, Versuch einer Théorie der Bediirfnisse, dans les rapports des séances de l'Académie des sciences bavaroise, Munich, 1908, p. 10 : « Le fait qu'on capitalise montre déjà, à lui seul, dans les cas où il se produit, que. pour le prêteur, lOO marks dans l'avenir ont plus de valeur que 100 marks dans le présent : d'où il résulte que la théorie de l'intérêt de BôhmBawerk n'est pas soutenable. »
Ce n'est pas sans étonnement que nous avons lu la réponse de Bôhm- Bawerk à l'attaque de Brentano: « C'est juger précipitamment, dit-il. En réalité, cela ne prouve qu'une chose : que les capitalistes apprécient plus l'emploi futur de l'argent que Yemploi présent, mais non pas qu'ils apprécient plus les biens futurs que les biens présents. » (Buhm-Bawebk, loc. cit., chap. Il, note à la page 520.)
Nous avions cru que M. Bôhm-Bawerk se rappellerait du moins que, d'après sa thèse fondamentale, les appréciations de la valeur des biens et celles de leur emploi soni des choses identiques ! Voir plus haut chap. vu, p. 126 du présent ouvrage.)
390 PARTIE V. — LA VALEUR d'ÉCFIANOIÎ
la valeur de production (abslraclion faite de la qaanliié) doit être reconnu en principe.
De même, ces marchandises possèdent de la valeur d'usage dans un sens général ; c'est-à-dire qu'elles correspondent à certains besoins ou désirs humains. Il est donc probable qu'elles trouveront un consommateur quelconque, dont elles satisferont dans l'avenir quelque besoin ou désir réel.
La valeur d'usage de cette catégorie de marchandises ne se réalisera jamais que dans l'avenir. Elle s'oppose ainsi à la valeur d'usage des richesses qui sont déjà actuellement parvenues àleur destination, telles queles étoffes actuellement utilisées sous forme d'habits. Nous pourrions parler ici de valeur d'usage potentielle. G' esl du reste la seule qui se laisse atteindre au marché.
Ce qui est vrai ici des valeurs de production et d'usage, ne l'est pas moins de la valeur d'échange. Comme ces marchandises possèdent de la valeur de prodicctioti latente el de la valeur d'usage potentielle, elles peuvent être considérées comme possédant aussi une valeur d'échange potentielle, qui pourra se réaliser dans l'échange futur en valeur d'échange réeVe s'exprimant dans un prix de marché.
Il est naturel que nous ne puissions pas désigner exactement la quantité de cette valeur d'échange potentielle, pas plus que nous ne pouvons déterminer d'une façon précise la valeur d'usage potentielle, ni môme la valeur de production latente. C'est la conséquence même du fait que toutes ces formes de valeur ne se réaliseront que dans l'avenir.
Il est vrai que nous pouvons évaluer par approximation cette valeur d'échange, en la comparant à celle que représente la môme quantité de marchandises semblables actuellement sur le marché. Mais nous savons, après tout ce que nous avons dit sur la réalisation des valeurs au marché, que nous ne pouvons pas ideniiQerces deux valeurs d'échange.
La valeur de production et surtout la valeur d'usage sont des grandeurs variables ; il est évident que nous devons juger de leur influence sur la constitution de la valeur d'échange objec-