CHAPITRE 111. — CONSlDÉRATiONS GÉNÉRALES
de mer que l'on emploie par exemple pour la fabrication du sel) appartiennent à celte catégorie. Bien que leur utilité pour la vie végétale ainsi que pour la vie et la santé des hommes et des animaux soit hors de doute et doive même être considérée comme inliniment grande, nous ne parlons point, généralement, delà valeur d'usage du vent, de la pluie, de la mer. lien est autrement pourtant dès que l'homme peut s'appro[)rier ces richesses naturelles (1).
De prime abord nous avons discerné les deux notions de
(1) M. BniiM-BAWKRK Kapitul und Kapitalcins, t. II, liv. III, chap. I, II), avec nombre d'autres économistes, ne met ici en jeu que la rareté des choses qui, naturellement, comme nous le verrons encore, exerce une influence essentielle. Mais il a le tort de ne compter qu'avec elle et il se laisse entraîner à des conséquences singulières :
« Vis-à-vis des bien?, prétend il, qui sont seulement utiles, l'homme pratique se comporte avec négligence et indiflérence. » {Loc. cil , p. 223.)
C'est peu probable, l'homme pratique se gardera bien de le faire. De plus, la grande majorité des richesses, sans exception, doivent être considérées comme <( seulement utiles». Au même litre que « la coupe d'eau, puisée à la source », dont parle M. Bôhm-Bawerk, ellespeuvent être remplacées plus ou moins les unes par les autres, du moins dans une vie bOciale réglée. Plus tard, nous aurons encore l'occasion de faire remarquer que les frais de production influent encore ici sur la valeur d'usage. Pour le moment, cependant, nous n'avons qu'à récuser celte observation de M. Bôhm-Bawerk, ainsi que cette autre qu'il en déduit '• « Pratiquement, pour notre bien-être, de tels biens ne sont que des zéros et nous les traitons en conséquence. » ïbid.]. La conclusion à laquelle aboutit l'auteur est la suivante : « Tous les biens ont de l'utilité, mais ils n'ont pas tous de la valeur. Pour que la valeur prenne naissance, il faut que la rareté accompagne l'utilité. » D'où l'on peut déduire, pense M. Bôhni-Bawerk : « Tous les biens économiques out de la valeur, tous les biens librement accessibles [aile freien Gïcter) sont des non-valeurs, i {Lac. cit., pages 224 et 225). On voit que cette théorie n'exprime pas à fond la dilïérence entre « utilité » et «. valeur » et nous amène à des conclusions réellement fausses. Je peux clioisir un cabinet de travail exposé au midi pour pouvoir jouir de la chaleur du soleil, et j'établis ainsi un rapport d'usage entre cette chaleur et ma personne. Je peux aussi prendre des bains de mer pour me fortifier ; dans l'un et l'autre cas ce n'est pas précisément la « rareté » de la chaleur du soleil ou de l'eau de la mer qui me séduisent. La chaleur et le bain ont cependant pour moi une certaine valeur, bien que tous deux puissent être pour moi « librement accessibles ».
42 PAUTir: ii. — la valeur si'njECTivE
bexoùi et de désir, ainsi que, parallèlement, ces antres notions (Vêlre ulile ou de pouvoir servir à Viisage des hommes.
Ces dt'ux se'ries de notions — celle de hesoiyi et d'utilité d'une part, de désir et d'aplilude à servir de l'autre — ne se confondent pas entre elles ; mais pour notre analyse nous avons à compter avec toutes les deux.
Pouvoir servir à notre usage est la notion la plus vaste, la notion générale. Elle n'exprime que la seule aptitude des biens à être employés par l'homme de manière à satisfaire un de ses désirs: elle s'applique également au cas où le consommateur considère ce désir comme tel, comme désir ou caprice même et au cas où le consommateur juge son désir bien fondé par le souci de son bien-être matériel ou intellectuel et le considère comme un besoin personnel urgent. Avec la notion d'utilité qui a un sens plus restreint que la précédente, se combine en même temps un jugement sur la légitimité ou la non-légitimité du désir et sur la question de savoir s'il est basé ou non sur un besoin humain réel.
Ce jugement sur la légitimité ou la non-légitimité peut différer d'après la personne qui juge, ainsi que d'après les circonstances particulières dans lesquelles se fait la consommation. Il peut différer de même d'après le point de vue d'où l'on juge l'ulililé, fait qui a amené encore certains auteurs à distinguer différentes sortes d'utilité : utilité purement économique, utilité morale, etc.
Des bijoux, des bibelots, des fleurs exotiques, des boissons alcooliques possèdent des qualités spéciales qui les rendent propres à l'usage de nombre de gens. Quant à affirmer qu'ils possèdent de Vutilité, c'est un point sur lequel on peut être d'opinion très différente.
Un homme quelconque peut considérer comme satisfaisant un besoin humain tout naturel et raisonnable les parfums et les couleurs de certaines fleurs précieuses, qui caressent l'odorat et la vue ; un autre peut en juger tout autrement. De même l'opinion d'un seul individu peut différer aussi bien d'après la