‹ Théorie de la valeur, avec une réfutation des théories de Rodbertus, Karl Marx, Stanley Jevons & Boehm-BawerkChapitre 152 sur 184 · CHAP, XVUI. INFLUENCE DES TRUSTS ET MONOPOLES · texte numérisé non relu

CHAP, XVUI. INFLUENCE DES TRUSTS ET MONOPOLES

Faisons remarquer encore que les représentants des trusts nient cate'goriquement, d'ordinaire, qu'ils aspirent à un pouvoir monopolisateur, « Une industrie, écrit M. Charles M. Schwab, qui est assez importante pour justifier l'existence de la combinaison, a aus^i assez d'importance pour attirer du capital en concurrence, si cette combinaison cherche à hausser déloyalemenl {unfairly) le prix de ses produits... Si grande que puisse être une industrie, elle ne peut pas raisonnablement espérer monopoliser le commerce dans sa partie, à moins qu'elle ne possède quelque brevet ou quelque procédé technique qui lui soient particuliers. » (1).

Nous n'avons guère à nous occuper de pareilles assertions, d'autant moins qu'il s'agit ici d'une différence d'opinion sur ce qu'il faut entendre par « monopole », ainsi que d'une question traitée par nous dans un chapitre précédent, à savoir si un monopole peut jamais être considéré comme complet et durable (2).

(1) Voir la Xorth American Revieiv, loc. cit., p. 649. Il est intéressant d'observer comment les représentants des grandes combinaisons se contredisent à ce sujet. Le même M. Schwab, parlant plus loin de sa propre industrie, dit : « Un monopole dans l'industrie du fer et de l'acier est une impossibilité. Nulle personne ou nul groupe de personnes ne saurait effectuer une chose pareille. Nulle personne sensée ne rêverait de l'entreprendre. Un monopole des champs de froment du Minnesota et des Dakotas, ou celui des vergers de la Californie serait, par comparaison, une chose simple. > [Loc. cit., p. 662.) Avant lui, au contraire, M. Hill qui, autant que personne sait ce qu'est un monopole dans l'industrie du fer et de l'acier, avait prétendu que la Compagnie Carnegie seule était déjà si colossale « qu'elle dominait absolument le marché de l'acier, i {Loc. cit., p. 648.)

(2,1 Signalons encore le passage suivant du rapport annuel que le Trust du sucre adressa à ses actionnaires, pour l'exercice finissant le 31 décembre 1911, au moment des poursuites entamées contre lui par le Gouvernement : « Votre compagnie n'est pas maîtresse des prix (does not contrai prices), car elle est en butte à une concurrence quotidienne très ipre. Elle n'a pas monopolisé le trafic interétatique [Interstate] du sucre, trafic dont elle ne détient que beaucoup moins de Ja moitié ; et son développement n'a ])oint eu pour eâet de restreindre l'industrie du sucre, mais a contribué au contraire à son expansion légitime et salutaire ; la Compagnie n'est un monopole, ni au point de vue légal, ni dans le sens

428 PARTI i: VI. LE RÉGIMB DU MONOPOLE

Aussi pouvons-nous passer sous silence les dt^claralions de ces deux représentants des grandes combinaisons industrielles et commerciales, étant donné que l'aspiration vers le monopole est dans la ligne de développement des industries et du commerce organisés nalionalement et internationalement suivant les principes capitalistes.

Nous désirons pourtant répondre à un autre argument que nous venons de ciier : on nous dit qu'une industrie qui est assez importante pour faire réussir un trust, l'est également assez pour attirer du capital en concurrence, dès que les monopoleurs de cette industrie tâchent de faire hausser déloyalement les prix.

Evidemment, cette affirmation est fausse et nous avons à l'examiner brièvement avant d'entrer dans nos recherches spéciales sur rinfluence qu'exercent les combinaisons et monopoles sur les prix de marché des différents articles de consommaiion. Dans le cas qui lui est le plus favorable, l'entrepreneur entrant en concurrence avec un des trusts modernes doit posséder un capital assez grand pour lui permettre d'adopter tous les perfectionnements techniques de son industrie, afin de pouvoir à la longue réaliser quelques profits.

Ce n'est pas tout. Un tel entrepreneur doit aussi pouvoir vendre ses produits, pendant une période assez longue, à des prix restant bien an-dessous de ses propres frais de production ; il devra le faire partout où le trust, de son côté, baissera ses prix pour chasser du marché le capital rival ; aussi, cette baisse de prix peut-elle dépasser toute limite. Non seulement une pareille nécessité se présente encore journellement sur le marché national et international en cas de concurrence sérieuse, mais nous connaissons la tactique usuelle et désormais historique des grandes combinaisons; nous savons que la vente à perte est

courant et usuel du mot. » {Annual Report of tlie American Stigar Refining Company, Mardi 13, 1912, p. 14.)

Si l'on compai'e ces assertions h ce que nous disons dans le chapitre suivant sur le marché américain du sucre sous le régime de la combinaison, on verra qu'il s'agit ici d'une question de mots.

CHAP. XVllI. INFLUlîNCli DES TRUSTS ET MONÛl'oLES 429

Tarnie redoutable qui, à côlé des avantages concédés par les compagnies de chemins de fer, a collaboré le plus à la victoire des trusts.

Les entrepreneurs indépendants désirant combattre un trust moderne à chances e'gales, doivent donc disposer d'un capital au moins égal à celui de l'adversaire. Cela veut dire, en termes généraux, qu'une combinaison doit être opposée à une autre. Tel a été le cas, pendant ces dernières années, dans plusieurs industries, jusqu'au jour où, finalement, les combinaisons rivales se sont unies en une seule corporation contre laquelle dorénavant toute concurrence fût impossible (i).

Il y a longtemps que la crainte de ce qu'on appelle la « concurrence potentielle » {potendal comi^elition) n'inquiète plus les grandes combinaisons industrielles et commerciales. Il ne faut pas oublier non plus que cette soi-disant concurrence potentielle suppose la création d'établissements qui, non seulement coûteraient des millions dans les circonstances modernes de la production, mais qui demanderaient aussi un certain temps avant de pouvoir être achevés et mis en exploitation, de sorte que, dans le cas le plus favorable, ils ne pourraient entrer en concurrence effective qu'au bout dé quelques années.

Cela explique, premièrement, que les combinaisons i^euvent toujours prendre à temps des mesures pour décourager ceux qui

(1) Dans un article du Daily News, on lisait les justes observations qui suivent :

« Pour pouvoir s'élever, la concurrence doit commencer quelque part. Elle ne peut pas subitement inonder le pays. Dans le district où elle fait son apparition, le trust baisse tout à coup ses prix, jusqu'à ce que le rival local soit coulé à fond, après quoi les prix sont relevés. Par conséquent, .il n'est d'aucune utilité de combattre un trust, à moins que vos fonds n'égalent les siens, si séduisants que soient les profits du trust. Vous pouvez faire diminuer ses profits, mais vous ne pouvez pas en réaliser vous-même, avant que vous ayez acculé le trust à faire faillite pour devenir en réalité trust vous-même. Le résultat net serait, dans ce dernier cas, qu'un trust prendrait la place d'un autre, sans que, pour le public, la situation fût en rien modillée. » Daily Xeics, 5 avril 1902, The périls of trusts, III.)

voudraient commencer contre elles la lutte de la concurrence, — mesures telles que l'abaissement des prix de marché aux endroits où le capital rival doit entrer en scène, la dissimulation des profits sur le bilan annuel, etc. Cela nous explique aussi pourquoi un monopole temporaire a pu, souvent, exister pendant de longs mois, dans une branche d'industrie, avant même que l'organisation nationale et définitive de cette industrie eût été terminée.

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