CHAPITRE III. CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
quantité et l'oiigine des fleurs, que d'après la circonstance dans laquelle elles se pre'sentent à lui.
Pouvoir servir à l'usage de l'homme est donc, pour une chose, la qualité nécessaire et suffisante pour qu'un rapport économique s'établisse entre elle et l'homme et pour que la chose puisse posséder ainsi une valeur d'usage. Tout ce qui possède une valeur d'usage n'est pas nécessairement utile et peut même avoir, dans certaines conditions, une influence absolument nuisible au bien-être définitif du consommateur, comme il arrive par exemple pour l'opium ou l'absinthe.
Pouvoir servir à l'usage humain, voilà la notion à laquelle nous sommes renvoyés en définitive, quand nous recherchons si un objet possède ou non une valeur d'usage. La valeur d'usage ayant un caractère purement économique, on doit la considérer, au point de vue de sa seule existence, comme indépendante du jugement que l'on peut porter sur la légitimité de l'usage.
Les deux notions, avoir ime valeur d'usage ei servir à l'usage humain sont donc plus près l'une de l'autre que ne le sont la première de ses notions et celle de ['utilité.
Cependant, lorsque nous cherchons à estimer la quantité de la valeur d'usage, lorsqu'il est question non seulement de la simple existence, mais du degré de celte valeur, l'utilité exerce le plus souvent une influence essentielle.
Parfois, en même temps que l'utilité d'un bien diminue, nous voyons baisser aussi sa valeur d'usage, quoiqu'il soit aussi facile qu'auparavant de nous eu servir. Le plus ou moins de valeur d'usage d'un aliment ou d'une boisson, par exemple,ne s'explique pas par le simple fait de leur usage, mais principalement par le fait plus spécial que cet usage est plus ou moins utile. L'utilité d'une chose augmentant ou, ce qui revient au même, notre connaissance de ses caractères utiles se complétant, sa valeur d'usage augmente en même temps ; inversement, l'utilité d'une chose diminuant ou bien un caractère nuisible étant nouvellement découvert en elle, sa valeur d'usage diminuera aussi, bien que îa chose continue à pouvoir être employée.
/i'j. l'AllTll-: II. LA VALEUR SUIUECTIVE
De ménic r;i|ililiide à ("Ire em[)li»y<5 et même l'iililité [iropreineiil (iitn no variant pas |ioiir un bien rorisidéré ii-olément, sa valeur (i'us<ip;e peut ceponrlant diminuer, si, à côté de lui, on découvre d'autres bien?, propres au même emploi et montrant la m(hne utilité, mais (iflraT)!, en même lem|»s, de nouveaux avantages. Les derniers biens sont rendus préférables aux premiers, et leur apj)arilion fait baisser immédiatement la valeur d'usage de ceux-ci.
Le platine aurait immédiatement moins de valeur, dans son emploi pour les pointes lie paratonnerres, si l'on trouvait un autre métal plus facile à obtenir et mieux approprié à la même destination. Pour choisir des faits réels : La garance comme teinture a perdu en valeur d'usage depuis la fabrication des couleurs d'aniline, tout en conservant les propriétés et qualités (lar lesquelles elle peut servir à l'homme. De même, depuis quelques années, l'indigo naturel est détrôné peu à peu par l'indigo artiliciel qui présente des qualités supérieures à l'usage et dont la production est moins coûteuse.
Le phénomène inverse peut aussi se produire : La valeur de certains biens peut augmenter lorsque d'autres qui répondaient aussi bien ou mieux aux mêmes besoins ou désirs humains cessent de leur faire concurrence, qu'ils soient devenus trop rares ou trop difficiles à obtenir.
11 est donc entendu que la valeur d'usage des choses peut varier, leurs qualités intrinsèques restant invariables; il s'ensuit que la valeur d'usage ne saurait être identifiée simplement avec le pouvoir des biens de servir à notre usage. Nous devons généralement compter en même temps et avec les inÛuences qu'exprime la notion d'utilité par rapport à chaque bien en particulier et à ses propriétés intrinsèques et avec la concurrence de différents biens répondant au même usage.
Comme nousvenons de le remarquer, lesdeux notions — être iilile et servir à Vusage — expriment, d'un côté, certaines qualités intrinsèques et objectives des biens et, de l'autre, un rapport subjectif entre les biens et le consommateur. Aussi le simple