CHAPITRE 111. CONSIDÉRATIONS GKNlÎRALES
tirer d'un objet quelconque, un tableau, une statue, ou d'une marchandise en quantité déterminée, du vin, du fer, de l'or, etc., est à distinguer de celui qu'une agglomération d'hommes, un peuple entier, ou bien toute une génération humaine peuvent tirer de l'ensemble de ces marchandises : vin, fer, or, etc., ou même d'objets particuliers, comme les tableaux et les statues de certains maîtres.
Les propriétés des richesses auxquelles est dû ce plaisir ou cet avantage et qui sont la base de leur valeur d'usage, sont de même à distinguer selon que les richesses servent à un seul individu, ou bien à une collectivité d'hommes. Quand nous estimons que Veau, le fer, Vor, possèdent une grande valeur d'usage pour la race humaine entière, notre jugement se base sur le fait que le pouvoir de ces richesses à satisfaire certains besoins ou désirs humains n'est pas limité à un seul individu quelconque ou à un petit nombre d'individus. C'est donc la généralité et la communauté des besoins ou des désirs qui confèrent ici à la valeur d'usage des richesses en question, considérées dans leur ensemble, son caractère général.
Nous pouvons nous placer au même point de vue général quand nous comparons le pouvoir de servir à l'usage humain ou l'utilité de ditîérentes catégories de richesses. Nous pouvons, par exemple, estimer que le fer est plus utile que l'or, juger l'eau potable apportée parla conduite d'eau d'une ville bien supérieure à l'eau de pluie conservée dans les citernes. En jugeant ainsi, c'est la notion des besoins généraux que nous visons et la valeur d'usage dont il s'agit ici est une valeur d'usage générale ou sociale. Nous pourrions la distinguer par le nom de valeur d'usage objective, de celle autre valeur dont nous venons de parler et qui est strictement perso)i7ielleel subjective. Dans ce dernier sens, c'était, en efl'et, la personne du consommateur immédiat etla siguihcation que celui-ci pouvait attacher personnellement à un objet quelconque ou à une certaine quantité (un kilogramme, un litre) d'une richesse déterminée, qui décidait de la valeur. Aussi la valeur d'usage personnelle ou subjective
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varie-t-elle avec les besoins personnels du consommateur immédiat et peut-elle varier, par conséquent, avec les circonstances momentanées d'abondance ou de disette dans lesquelles ce consommateur se trouve. La valeur d'usage sociale ou objective, au contraire, correspondant ta la totalité disponible d'une richesse, et se rapportant e'galement à la totalité des consommateurs, ne peut varier qu'avec les besoins éventuels de cette collectivité dont chaque individu n'est qu'une partie.
Cependant la notion de valeur d'usage exprime déjà d'ellemême un rapport subjectif : rapport du consommateur à une richesse consommée. Peu importe, à ce point de vue, de savoir si le consommateur est une personne déterminée, ou bien une collectivité d'individus, ou bien encore, dans le sens le plus large du mot, le genre humain tout entier.
Tenant compte de ces considérations dans notre analyse générale de la valeur, nous pouvons donc définir la valeur d'usage personnelle : valeur subjective, considérée dans un sens i7idividuel et, d'autre part, la valeur d'usage sociale : valeur subjective considérée dans un sens général.
Nous avons à examiner de près ces deux notions particulières de la valeur d'usage dans les chapitres suivants.