‹ Théorie de la valeur, avec une réfutation des théories de Rodbertus, Karl Marx, Stanley Jevons & Boehm-BawerkChapitre 20 sur 184 · LA VALEUR D USAGE PERSONNELLE · texte numérisé non relu

LA VALEUR D USAGE PERSONNELLE

Après les considérations générales précédentes sur la nature de la valeur d'usage, la valeur d'usage personnelle se définit d'elle-même. C'est la signification qu'un bien peut avoir pour le consommateur d'après ses besoins et ses désirs individuels et Vaptitude que possède le bien en question à les satisfaire.

Nous avons donc à compter ici avec deux catégories de facteurs : d'une part, les besoins et les désirs personnels du consommateur, de l'autre toutes les propriétés et les qualités des richesses, ainsi que les quantités de ces richesses qui peuvent être à la disposition du consommateur et les conditions spéciales auxquelles celui-ci peut les obtenir.

La valeur d'usage personnelle des biens augmente ou diminue donc, en premier lieu, avec les besoins et les désirs personnels du consommateur, c'est-à-dire avec certaines dispositions physiques, intellectuelles et morales de la personne, qui, comme possesseur et consommateur, se met en rapport avec ces biens.

Envisagé de ce point de vue, un bien peut être considéré comme présentant autant de valeurs d'usage personnelles qu'il y a de personnes désirant le posséder ou le consommer.

Le développement physique, intellectuel et moral des hommes variant infiniment, on ne saurait indiquer d'une manière absolue Cornélissen 4

le quantum de la valeur personnelle des biens : d'autant moins qu'interviennent ici des manifestations de l'âme différant non seulement selon les individus, mais encore, chez le même individu, selon les moments et les circonstances. Lorsque nous parlons donc, dans le présent chapitre, de la valeur d'usage d'un objet ou d'une certaine quantité d'un bien, il s'agit toujours d'une manifestation de la valeur particulière que cet objet ou cette quantité d'un bien peuvent posséder pour le consommateur éventuel et dans les circonstances où celui-ci se trouve au moment donné. Cette manifestation se présentera sous la forme de l'égalité du bien en question avec une certaine quantité d'un autre bien.

Si deux personnes — ou une même personne à deux moments différents — estiment que la même quantité d'un bien est équivalente à des quantités différentes d'un autre bien, de sorte qu'elles soient prêtes dans les deux cas à abandonner l'une pour l'autre, nous nous trouvons en présence. de deux équations différentes. C'est là le fait réel que nous aurons à examiner.

A estimant x francs, dans des conditions déterminées, équivalents à y litres de vin, B, à 2 ?/ litres du même vin, les deux équations expriment l'intérêt différent qu'à un moment déterminé, A et B portent aux biens en question : argent et vin. La différence peut provenir de l'évaluation différente de la monnaie seule, ou bien du vin seul, ou encore de tous les deux. Ayant donc à compter, en matière de valeur d'usage personnelle, avec une grandeur instable et inconstante comme les impressions de l'âme humaine dont cette valeur dépend, nous ne pouvons nullement nous ranger du côté de ces économistes qui se sont appliqués à construire des schèmes fixes et des formules minutieuses pour les évaluations personnelles sur lesquelles se base la valeur d'usage des richesses. Ces schèmes et ces formules ne peuvent pas donner une expression quelque peu juste du jeu compliqué de la nature dans un domaine aussi imprécis que celui des évaluations personnelles des valeurs d'usage.

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