LA VALEUR D USAGE PERSONNELLE
la statistique). Cependant, pour le phénomène cher à M, Bohm- Bawerk et à son école, c'est-à-dire pour les besoins personnels, nous ne voyons aucun moyen de les soumettre à la mesure et de les exprimer en chiffres ; il est donc impossible d'attacher aucune valeur scientifique à des schèmes dont les termes nous sont donnés sans aucune espèce de justification.
chez elle, dans un certain sens, la tète s'élève plus haut, tandis que la base se trouve chez tous au même niveau », Et il nous présente le schème suivant :
« Dans ce schème, dit-il, les chiffres romains I-X indiquent les différentes catégories de besoins ainsi que leur rang en ligne descendante ; I représente la catégorie de besoins la plus importante, par exemple le besoin de nourriture, V une catégorie d'importance moyenne, par exemple le besoin de boissons spiritueuses, X la catégorie de besoins la moins importante que l'on peut imaginer. » Les chiffres arabes 10-1 représentent « les besoins concrets ou besoins partiels concrets qui se trouvent dans les diverses catégories » ; « .... plus la catégorie est importante, plus haut s'élève le besoin concret le plus important qu'elle renferme. » On peut considérer comme des exceptions « les catégories de besoins IV et VII » »... dans lesquelles, pour des motifs techniques, une satisfaction successive par actes partiels est imparfaitement possible sinon absolument impossible, de sorte que le besoin doit être satisfait entièrement ou pas du tout. Le besoin de poêles, par exemple, est déjà si complètement satisfait par un poêle, qu'un deuxième serait tout simplement inutilisable... » {Loc. cit., pages 242-243.)
Stanley Jevons, comme tant d'autres économistes, a clioisF des surfaces pour exprimer les évaluations personnelles des biens et des quantités limitées d'un bien. A mon avis, il est tombé dans les mêmes erreurs que l'école autrichienne (1).
fl) Jevons distingue entre elles « l'utilité totale provenant d'une denrée quelconque » et « l'utilité s'attacliant à une portion particulière quelconque de cette denrée ». Il prend comme exemple les denrées alimentaires et exprime ses calculs sous la forme d'une fitiure (voir la ligure A) accompagnée du texte suivant :
« La loi de la variation du degré d'utilité des aliments peut donc être représentée par une courbe continue ^'"■'- "*• pbq, et l'ordonnée de
chaque point de la courbe par rapport à la ligne ox, représente le degré d'utilité delà denrée lorsqu'une certaine quantité en a été consommée. « Ainsi, quand la quantité oa est consommée, le degré d'utilité correspond à la longueur de la ligne ab; car, si nous prenons une toute petite quantité d'aliments en plus, aa\ son utilité sera à peu de chose près le produit de aa' et ab et cela avec une approximation croissant au fur et à mesure que oa' est moins grand. Le degré d'utilité est donc bien mesuré par la hauteur d'un rectangle très étroit correspondant à une quantité d'aliments très petite, qui théoriquement devrait) être infiniment petite. » (The Theory of Political Economy, ch. ni, pages 48-49 ; cf. trad. franc., pages 109-HO.)
Les critiques que nous avons adresséesà la théorie de M. Bôhm-Bawerk s'appliquent aussi à celle de Jevons. Tout aussi arbitraires que les chiffres du premier, sont les ordonnées du second. La courbe de Jevons n'aurait une valeur scientifique que si la détermination des lignes Pm, qn, etc., avait reçu une justification quelconque. Ce qui n'a pas été fait... et pour cause. De semblables figures et combinaisons de chiffres construites soidisant pour éclaircir la question sont évidemment indispensables aux représentants de la doctrine utilitaire moderne ; elles sont une partie essentielle de ce système qui réduit toute valeur à des évaluations subjectives. Comme exemple de telles illustrations nous mentionnons encore les « courbes d'utilité ou de besoins » de M. Léon Walras (Le premier économiste chez qui on trouve ces courbes est H. H. Gossen). On peut varier d'opinion sur l'appui que les mathématiques peuvent prêter à certaines