‹ Théorie de la valeur, avec une réfutation des théories de Rodbertus, Karl Marx, Stanley Jevons & Boehm-BawerkChapitre 23 sur 184 · CHAPITRE IV. — LA VALEUR d'uSAGE PERSONNELLE · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. — LA VALEUR d'uSAGE PERSONNELLE

Aussi ne suivrons-nous ni l'un ni l'autre exemples. De prime abord nous faisons observer ici que nous pouvons examiner au point de vue sociologique les grands principes vitaux de notre race humaine, mais qu'il nô nous est pas donné, généralement, de les exprimer en formules et en tableaux, ou de les enfermer dans une figure mathématique. Car la vie sociale des hommes, si complexe dans toutes ses expressions, nous met trop rarement en présence de purs problèmes de quantités. Cela ne s'applique pas uniquement à la valeur des richesses ou spécialement à leur valeur d'usage personnelle que nous étudions ici, mais à la science économique en général. Si, dans l'étude de la vie sociale réelle, nous ne désirons pas franchir à chaque pas les limites prescrites à toute science, nous devons nous contenter, en règle générale, d'examiner les faits réels dans les actions humaines. C'est d'eux que nous devons inférer les lois économiques qui gouvernent la vie sociale des hommes, sans nous laisser entraîner à fixer dans une formule ou dans une courbe les impressions de l'àme humaine, impressions si infiniment vaparties de la science économique, mais il faut convenir que les illustrations que nous venons d'examiner ont plus contribué à confondre qu'à éclaircir les problèmes économiques, leurs créateurs se montrant moins économistes que matiaématiciens.

Rien ne prouve, en effet, pour revenir aux naïves démonstrations mathématiques de Jevons, que, si l'utilité des biens augmente ou diminue avec la diminution ou l'augmentation de leurs quantités, elle se conforme aux schèmes que Jevons nous met sous les yeux dans sa théorie rectangulaire. Encore moins aurons-nous le droit d'accepter les conséquences que l'on déduit de pareils schèmes arbitrairemenls construits.

Notons encore combien arbitraire et contestable est déjà l'hypothèse posée par Jevons et autres que l'utilité puisse être considérée comme une quantité à deux dimensions, (« l'utilité peut être traitée comme une quantité à deux dimensions, une dimension consistant dans la quantité de la richesse et l'autre dans l'intensité de l'effet produit sur le consommateur». Stanley Jevons, loc. cit , p. 47 ; trad. fr. p, 108.) Pourquoi ne comi>teraiton pas trois dimensions en considérant la durée de l'effet comme troisième facteur ? Dans la supposition de Jevons il serait dès lors nécessaire et que la quantité de la denrée fût infiniment petite et que la durée de l'utilité fût infiniment courte.

l]Cf l'AHTlli 11. LX VALEUR SUBJECTIVE

riables et insaisissables dans leur jeu profond et dont 1 ensemble est seul capable d'expliquer les manifestations de notre activité.

En outre, dans le cas spe'cial de la valeur, il n'appartient pas, à notre avis, à la science économique de rechercher les évaluations qu'un individu, Jean ou Paul, pourrait bien faire d'un objet quelconque ou d'une quantité donnée de quelque denrée, dans telles circonstances momentanées de sa vie personnelle.

La tâche essentielle de la science économique, en ce qui concerne la valeur des richesses, consiste à rechercher la valeur que représentent les biens indépendamment d'un individu donné, tant comme valeur d'usage ge'nérale que comme valeur de production sociale, ou encore comme valeur d'échange objective se réalisant au marché.

En tant que les évaluations personnelles peuvent influer sur la valeur objective, nous avons, assurément, à compter avec elles ; relativement à leur influence, cependant, nous n'aurons à nous occuper généralement que des résultats finals qui nous viennent sous les yeux et des principes généraux de l'action humaine qui les expliquent. Il ne nous est pas possible de connaître toutes les possibilités accidentelles et individuelles. Dès que la science économique construit des figures et des schèmes abstraits, qui prétendent réfléchir le jeu des besoins humains concrets et réels, elle quitte le domaine de la science positive pour aborder celui de la conjecture.

Nous avons d'autant plus à nous abstenir ici de calculs de probabilités que — nous l'avons fait remarquer déjà — ce ne sont pas seulement les besoins personnels, variant à chaque instant, qui entrent en jeu ; ce sont aussi tout ensemble les propriétés et qualités particulières des biens, les quantités qui en sont disponibles et les conditions dans lesquelles elles le sont, qui collaborent à l'évaluation personnelle, partout où celle-ci mérite le nom d'évaluation économique.

Page 1