‹ Théorie de la valeur, avec une réfutation des théories de Rodbertus, Karl Marx, Stanley Jevons & Boehm-BawerkChapitre 24 sur 184 · CHAPITRE IV. LA VALEUR d'uSAGE PERSONNELLE · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. LA VALEUR d'uSAGE PERSONNELLE

Si donc le calcul des probabilités peut fournir une aide utile dans la science économique, il ne peut rien nous apprendre quand il est question de l'évaluation purement subjective et individuelle de la valeur d'usage.

Nous devons remarquer en outre que, dans la vie sociale réelle, il n'y a pas d'objet qu'on puisse considérer isolément quand on juge sa valeur. Tout objet examiné se trouve en contact avec son milieu et ne saurait être jugé indépendamment de celui-ci.

Comment l'homme pourrait-il apprécier la valeur des allumettes dont il se sert le malin pour faire du feu, sinon en les mettant en rapport avec le café et l'eau potable, le pain et le beurre qui servent aussi à son premier déjeuner?

Un examen isolé des évaluations personnelles de chacun des biens dont chaque consommateur se sert tous les jours, est une pure impossibilité.

Nous reparlerons encore à maintes reprises de cette théorie qui, en dernière analyse, réduit toute valeur à des évaluations personnelles ; mais il reste certain pour nous que les principes mêmes dont elle part sont insoutenables a priori. 11 est évident que les évaluations personnelles peuvent toujours influer sur les phénomènes objectifs de la valeur, mais ces derniers restent, quand même, des phénomènes objectifs, qu'on doit distinguer de l'évaluation subjective qu'ils peuvent provoquer. Cette vérité, qui est de grande importance pour l'intelligence de la théorie de la valeur, se présentera plus clairement encore à nos yeux dans le courant de notre étude.

En examinant la valeur d'usage personnelle des biens, nous avons à faire abstraction, pour le moment, de l'intérêt que les biens peuvent avoir pour la vie et le bien-être de l'homme eu général, et nous devons prêter toute notre attention à l'intérêt qu'ils ont pour un consommateur quelconque.

La valeur d'usage personnelle des objets, en efifet, se rapporte à la personne du possesseur ; les besoins ou désirs personnels

qu'ils satisfont se présentent ici, non pas comme besoins et désirs en général : besoins généraux de nourriture, d'habillement, d'habitation, etc., mais comme besoins ou désirs coyicrets et parfois momentajiés d'un certain consommateur. Aussi, pour le moment, avons-nous à considérer la valeur d'usage des biens comme indépendante et du travail qu'a dépensé le producteur et de celui qui est épargné au consommateur par leur acquisition ; comme indépendante également des avantages qu'ils peuvent avoir pour le consommateur par leur aptitude à être échangés contre d'autres biens. Tels que nous aurons à les considérer actuellement, les biens sont entrés dans la dernière phase de la circulation, celle de la consommation immédiate. Ce n'est qu'à la fin de notre analyse et en examinant l'action que la valeur objective, sous ses différentes formes, peut exercer sur les évaluations personnelles, que nous aurons à compter encore avec d'autres facteurs que des facteurs purement subjectifs.

La question étant ainsi posée et la valeur d'usage comprise comme valeur subjective considérée datis un sens individuel, il est évident que le plaisir ou l'avantage que le consommateur peut personnellement retirer de la consommation d''un bien et dont il sera privé par la perte de ce bien est le facteur qui détermine cette valeur. 11 est entendu, en effet, que la valeur d'usage des biens est l'expression de leur aptitude à satisfaire certains besoins ou désirs humains. En traitant ici de cette valeur dans un sens individuel, nous avons à considérer ces besoins comme des besoins concrets et personnels.

A bon droit les représentants de la doctrine utihtaire ont spécialement mis en lumière la différence qui doit être faite ici entre l'intérêt que toute la quantité disponible d'un bien peut avoir poursonpossesseuret l'intérêt qu'ilattribuera momentanément à une partie déterminée (un ou plusieurs litres, kilogrammes, mètres, etc.) de ce bien (1).

(1; « Quand nous examinons la question de près, dit W. Stanley Jevons, nous ne pouvons pas dire que toutes les portions du même bien possèdent

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