‹ Théorie de la valeur, avec une réfutation des théories de Rodbertus, Karl Marx, Stanley Jevons & Boehm-BawerkChapitre 25 sur 184 · CHAPITRE IV. — LA VALEUR d'uSAGE PERSONNELLE · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. — LA VALEUR d'uSAGE PERSONNELLE

Pour nous en tant qu'individus, une certaine quantité d'aliments par jour étant nécessaire à la consommation, cette quantité a sans doute une valeur d'usage excessivement élevée ; cette valeur devrait même être considérée comme infiniment grande, s'il n'y avait deux réserves à faire : d'abord chaque aliment peut d'ordinaire, d'une manière plus ou moins satisfaisante, être remplacé par un autre répondant au même usage ; ensuite, en dehors de la quantité nécessaire des aliments, nous en avons encore habituellement d'autres quantités à notre disposition ; et celte circonstance suffit en général à nous faire évaluer moins haut la quantité indispensable dont il est question. Nous parlons ici d'évaluations régies par des motifs d'ordre économique (des calculs de chances économiques) et non pas de celles qui résultent de caprices personnels ou d'influences d'ordre moral.

Il peut arriver exceptionnellement que les deux circonstances que nous venons d'indiquer n'influent pas sur les rapports qui nous lient à certains objets. Les biens qui pourvoient à nos premiers besoins atteignent alors immédiatement une valeur d'usage illimitée. C'est ce que produit dans certains cas la famiue ou le manque d'eau, pendant la traversée d'un désert ou le siège d'une ville, aussitôt que les hommes se trouvent réduits à des quantités limitées de vivres ou que ceux-ci sont même sur le point de faire complètement défaut.

une même utilité... Un quart de gallon d'eau par jour a la haute utilité de préserver quelqu'un d'une mort très pénible. Plusieurs gallons par jour peuvent être d'une grande utilité par exemple pour le service de la cuisine et le lavage ; mais, dès qu'une provision suffisante est assurée pour cet usage, toute quantité supplémentaire est une chose relativement indilïérente. Tout ce que nous pouvons donc dire, c'est que, jusqu'à une certaine quantité, l'eau est indispensable : que des quantités supplémentaires auront différents degrés d'utilité ; mais que, au-dessus d'une certaine quantité, l'utilité diminue graduellement jusqu'à zéro ; elle peut même devenir négative, c'est-à-dire que les portions suivantes de la même substance peuvent devenir gênantes et nuisibles. » {The Theory of Poli' tical Economy, loc. cit., p. 44 ; cf. trad. franc., p. 104.)

(ÎO rAUTlt: H. LA VALEUR SUFÎJECTIVE

Ensuite, il est évident que nous pouvons nous représenter ici les biens comme divisés en petites quantités. S'il pouvait être de quelque importance pour la vie sociale pratique d'examiner la modification que subirait, dans ce cas, l'intérêt pour nous de chaque hectogramme d'un kilo de pain ou de chaque décilitre d'un litre d'eau potable, nous aboutirions à la constatation suivante : à chacune de ces portions, on devrait attribuer une valeur d'usage personnelle spéciale variant même à l'infini avec chaque division de la quantité en question.

Les représentants de la doctrine utilitaire dans la science économique moderne ont soumis les deux circonstances, la pos- Bibilité du remplacement d'un bien par un autre et l'existence d'une certaine quantité disponible de chaque bien, à un examen vraiment minutieux, ayant pour but de décrire l'influence de chacune de ces circonstances sur l'évaluation personnelle. Certains d'entre eux — Stanley Jevons par exemple — ont fait de même relativement à la subdivision des biens en petites quantités.

Ici encore ces économistes sont tombés dans l'erreur en ne se bornant pas à formuler des principes fondamentaux et à exposer les résultats concrets et pratiques qui en dérivent ; ils ont voulu donner, une fois de plus, des schèmes abstraits jusque pour les plus petites particularités.

L'école autrichienne de Menger et Bohm-Bawerk s'est attachée à diviser les besoins humains en « besoins concrets et besoins partiels concrets » [konhrete Bedûrfnisse und Theilbedi'vfnisse), dont les derniers, les besoins partiels, servent à démontrer qu'un besoin humain peut souvent être partiellement satisfait. Puis, l'école utilitaire tout entière a admis que la valeur (valeur d'usage) d'un bien capable, en certaine quantité, de satisfaire différents besoins humains, doit être jugée non pas d'après l'utilité la plus grande ou d'après l'utilité moyenne, mais, en règle générale, d'après la moindre utilité (l'utihlé tninima) que ce bien ou son équivalent devrait produire, tant qu'il est encore « rationnellement appliqué ».

Page 1