‹ Théorie de la valeur, avec une réfutation des théories de Rodbertus, Karl Marx, Stanley Jevons & Boehm-BawerkChapitre 26 sur 184 · CHAPITRE IV. LA VALEUR D'uSA&b; PERSONNELLE · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. LA VALEUR D'uSA&b; PERSONNELLE

En adoptant le vocabulaire de Wieser, qui a le premier employé ce terme, Bohm-Bawerk parle ici de Vii.tilité écoyiomiquelimite {loirthschaftlichev Grenznutzen) des biens et formule le principe suivant : « La valeur d'un bieyi se détermine d'après son utilité-limite. » Cette thèse est pour M. Biihm- Bawerk « la pierre angulaire de la théorie de la valeur » et elle a pour lui d'autant plus d'importance, qu'il la considère, avec toute une série d'économistes de notre époque, comme la base même de la valeur objective, ou valeur d'échange, des richesses.

« Et ainsi — affirme-t-il dans son livre Capital et Intérêt — la doctrine de Y utilité-limite est la pierre angulaire, non seulement de la théorie de la valeur, mais véritablement de toute explication des actions économiques des hommes, et par suite de toute la théorie de l'économie. » (1).

Nous avons ici affaire à une thèse fondamentale de la doctrine utilitaire moderne et il existe même^ sur ce point, un accord frappant entre les représentants de cette doctrine.

Karl Menger, bien qu'il ne se soit pas servi d'un terme technique aussi expressif que celui Afi Grenznutzen, a développé, avant M. Bohm-Bawerk, les mêmes principes fondamentaux et généraux (2i ; il faudrait même remonter jusqu'à Gossen (3) et à sa « valeur du dernier atome » [Werth des letzten Atoms) pour exposer complètement la genèse de cette théorie de Yutilité-limite.

Sur ce point encore, l'école française de Walras se range entièrement du côté de l'école autrichienne de Menger-Bôhm. « L'intensité du dernier besoin satisfait » ou « la rareté » (ce

(1) Bohm-Bawerk, Kapital und Kapitahins, tome II, livre III, ch. I, in, pages 217 et 248.

(2) Voir Karl Menger, Grunds'ïtze der Volksicirthschaftslehre, Wien, 1872, pages 98 et suiv.

(3) Hermann Heinrich Gossen, Entwickelung der Geselze des menschlichen Verkehrs und der daraus fliessenden Regeln fur menschliches Handeln, Braunschweig, 1854.

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dernier mol pris dans un sens très particulier), voilà les expressions techniques dont Walras se sert (1).

Jevons, par des recherches indépendantes, est parvenu à une doctrine, et même à une terminologie analogue. Chez lui le l'itial Degree of Utility des biens est la base essentielle de toute la théorie de la valeur et de toute la science économique (2).

Dans cette tliéorie, je conteste le caractère général que l'on ^vèVe kVulililé-limite^ CQ caractère qui serait nécessaire pour qu'on pût trouver dans son action « la loi principale » {das Baiiptgesetz) de la valeur sociale et qui justement autoriserait les économistes tUilitaristes à considérer leur thèse comme « la pierre angulaire » de la science économique.

Je conteste premièrement que les besoins humains se laissent partager en besoins particuliers et besoins partiels particuliers d'une manière assez exacte pour en tirer quelque appréciation satisfaisante sur le degré d'utilité. Je conteste même que, pour chaque cas spécial, les divers besoins et désirs qui peuvent collaborer à l'intérêt final qu'un consommateur attache à un bien déterminé, puissent être isolés les uns des autres. Et, sans compter que je n'attribue guère de valeur, pour la vie réelle, à de telles distinctions purement abstraites, je nie la possibilité de les introduire rationnellement dans la théorie.

Lorsque, par hasard, le plaisir de boire un verre de vin dans un petit coin ombragé de la campagne, présente pour moi, consommateur, un intérêt évalué très haut, je conteste la possibilité de déterminer, dans la valeur d'usage personnelle de ce

(1) LÉON Walras, Théorie de la Monnaie, Lausanne, 1886, 1''^ partie, ii, p. 30. Voir également ses Eléments d'économie politique pure, Lausanne — Paris, 1900. Dans les préfaces de ces deux ouvrages, M. Wairas donne un exposé historique et comparatif de la théorie utilitaire et de sa terminologie, telle qu'elle se rencontre dans les écoles anglaise, française et autrichienne.

(2) W. Stanley Jevons, The Theory of Polltical Economy, chap. m, p. 52; trâd. franc;, pages 113-114.

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