‹ Théorie de la valeur, avec une réfutation des théories de Rodbertus, Karl Marx, Stanley Jevons & Boehm-BawerkChapitre 29 sur 184 · CHAPITRE IV. LA VALEUR d'lSAGE PERSONNELLE · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. LA VALEUR d'lSAGE PERSONNELLE

Vu cette complexité de la vie sociale, la doctrine utilitaire, telle qu'elle est exposée par ses représentants, doit donc, de prime abord, nous paraître impuissante à fournir une base rationnelle pour une tliéorie générale de la valeur.

Une théorie qui fonde la valeur des biens sur «. l'utilité de la dernière fraction infiniment petite » (Jevons) ou « l'utilité du dernier exemplaire d'un bien » (Bôhm-Bawerk) est déjà insoutenable pour la seule raison que la division des richesses en <( quantités » et « fiactions », ou en exemplaires numérotés, ne saurait être maintenue raisonnablement. On peut l'appliquer à l'eau, substance si chère à Jevons, ou bien si l'on veut au bétail et au blé, mais dire que la valeur d'une maison, d'un musée ou d'une fabrique est déterminée par celle de la dernière fraction de ces biens, c'est exposer une théorie dénuée de sens (1).

La théorie utilitaire montre ici son caractère de théorie abstraite, constituée eu dehors de la vie réblle, qui la rend manifestement insoutenable dès qu'on veut l'ériger en théorie générale.

Cependant, supposons que plusieurs quantités égales de la même richesse — par exemple cinq sacs de blé — soient en même temps à la disposition du même consommateur ; dans ce cas, la présence seule des quantités qui satisfont les besoins et les désirs les moins intenses, peut avoir pour effet que les autres quantités — pourvoyant pourtant à des besoins plus pressants — ne soient pas estimées par le consommateur selon l'usage qu'il en fera en réalité. Ainsi le fait que plusieurs quantités égales du même bien sont en même temps à la disposition du même con-

(1) La manière la plus commode de trancher ce nœud philosophique est assurément celle de \Yalra9. 11 écrit avec candeur dans sa Théorie de la Moyinaie : « Pour plus de simplicit<i, je supposerai ici que toutes les marchandises sont susceptibles de se consommer par quantités inliniment petites, comme cela a lieu pour les aliments par exemple. » (Léon Wal- RAS, loc. cit., p. 31.)

Le lait que cette supposition ne se réalise même pas pour les aliments, n'est qu'une particularité d'importance secondaire dans cet exemple étonnant d'arbitraire.

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soinnialpur semblerait être cause que celui-ci n'estime pas les ditlérenles quantités de ce bien (les diflérents sacs de blé ou les didcrentes parties d'un sac de blé par exemple) ?elon le plaisir ou l'avant'tge qu'il peut retirer directement de chacun d'eux, c'est-à-dire, d'après nous, par rapport à leur vraie valeur d'usage.

C'est précisément la faute de M. Bohm-Bawerk de n'avoir pas rigoureusement distingué entre la valeur d'usage réelle, d'une part, et, de l'autre, ['estimation accidentelle de cette valeur par le consommateur. Dans le cas présenté par lui, les valeurs d'usage réelles des cinq sacs de blé étaient successivement de 10, 8, (J, 4, I ; mais les estimations momentanées de ces valeurs par le colon paraissent avoir été ée, 1 , i , 1 , 1 , 1 .

Sans être aussi prompt a l'abstraction que M. Bohm-Bdwerk, qui estime tout le blé à la valeur de pâture de perroquets, valeur correspondant au dernier et moindre besoin, le consommateur peut facilement se tromper sur l'intérêt qu'ont pour lui les diflérentes parties de sa richesse. Mais c'est un problème psychologique qui se poe^e ici devant nous, problème que M. Bôhni-Bawerk n'a pas vu. Ce problème repose sur la méprise du consommateur qui confond l'égalité matérielle des différentes quantités de blé avec leur égalité par rapport à ses besoins et désirs. La distinction que nous faisons ici entre la valeur d'usage personnelle et Vopinion momentanée que le consommateur a sur cette valeur, tient en réalité aune pure confusion qu'il y a dans l'esprit de celui-ci, qui évalue autre chose que ce qu'il croit évaluer, 11 prétend estimer un objet au point de vue des services que cei objet peut lui rendre et, en fait, il l'estime autrement.

Cela n'est pas d'ailleurs la seule méprise que puisse faire le consommateur. Selon le dicton populaire, il taul avoir été malade pour connaître le prix de la santé. — L'homme ne peut connaître qu'approximativement l'état de ses besoins et de ses désirs, d'une part, et, d'autre part, les qualités intrinsèques des biens; il ne peut donc pas avoir une connaissance absolue

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