‹ Théorie de la valeur, avec une réfutation des théories de Rodbertus, Karl Marx, Stanley Jevons & Boehm-BawerkChapitre 32 sur 184 · CHAPITRE IV. LA VALEUR D USAGE PERSONNELLE /D · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. LA VALEUR D USAGE PERSONNELLE /D

sont estimées par leurs consommateurs moiiis que de petites quantités de bijoux, de perles ou de pierres précieuses, quoique les besoins satisfaits par ces dernières richesses soient incontestablement moins urgents. Notons bien que le sens déterminé qui s'attache aux mois de besoin hiimahi, fait particulièrement ressortir le contraste que nous venons d'indiquer et qu'il est bien propre même à nous faire refuser toute valeur à des biens tels que les perles et les pierres précieuses. Mais nous avons, d'autre part, à répéter une considération formulée plus haut : la valeiird'usage personnelle est une forme de valeur très spéciale ne s'attacliant pas exclusivement aux besoins des hommes, dans le sens strictement moral du mot, mais plutôt à des besoins — ou à de simples désirs — personnels, de sorte que ce n'est pas futilité proprement dite des biens qui leur donne cette valeur d'usage, mais toutes les propriétés et qualités qui nous permettent de les employer à notre usage ou même à nos caprices.

Ndus nous trouvons maintenant en présence d'un phénomène particulier : certains biens, comme les bijoux, sont si rares que, quelle que soit l'utilité qu'on leur attribue, il est sûr que les consommateurs qui voudraient les posséder peuvent difficilement satisfaire leur désir. La rareté de ces biens devient dans ce cas une véritable qualité aux yeux de certains consommateurs, ceux qui désirent se distinguer de leurs semblables par des parures et des ornements; elle leur fournit un moyen d'attirer l'attention, moyen fort commun parmi les peuples de civilisation primitive et variant avec les mœurs et les coutumes générales. Il s'agit donc ici de besoins on désirs profondément sentis.

Nous avons fait un pas en avant vers la solution du problème ; pourtant celui-ci n'est pas aussi simple qu'il nous parait au premier abord. Bien que la rareté des bijoux et leur aptitude à servir de parures soit la raison pour laquelle ils peuvent être estimés au-dessus des aliments les plus utiles ou des pierres de construction, celte rareté n'explique pas pourquoi la valeur d'usage des bijoux atteint précisément un niveau déterminé.

Il faut donc rechercher pourquoi cette valeur s'arrête à

7(> PARTIE 11. LA VAI.EUU Si;iU l'XTlVE

ce niveau et ne monte pas à un point plus élevé ou ne tombe pas, au contraire, à un point plus bas. Nous avons de même à analyser plus sérieusement la valeur d'usage de cette autre catégorie de biens dont nous avons parlé, comme le bois, les pierres de construction, le fer, le blé, etc. Par rapport à eux, nous ne pouvons pas davantage nous borner à constater ce simple fait que leur valeur d'usage est estimée plus haut que celle de l'air ou de l'eau et moins haut que celle des perles et des pierres précieuses. En analysant de plus près la nature de la valeur d'usage, nous avons à résoudre la question qui se pose ici : Pourquoi, à l'égard de ces quatre articles de consommation, avons-nous sous les yeux quatre expressions difîérentes de la même valeur, expressions dont la grandeur varie, il est vrai, avec la rareté des biens en question : bois, pierres de construction, etc., et les évaluations personnelles qui se basent là-dessus; mais qui mettent pourtant toutes en évidence que les évaluations personnelles sont entraînées vers un niveau déterminé différant généralement pour chaque espèce de ces biens.

Il est clair que, derrière les principes généraux qui déterminent la valeur d'usage personnelle, il se cache ici un autre principe. Nous apercevons chez les consommateurs les plus divers, par rapport à la plupart des articles de consommation, uue tendance à évaluer chaque espèce de biens en particulier à un certain niveau indépendant des fluctuations éventuelles de leur surabondance ou de leur rareté, ainsi que des besoins momentanés auxquels ils pourvoient ; de ce niveau, les valeurs d'usage ne tendent à s'éloigner que dans des circonstances spéciales de surabondance ou de disette et sous la pression exceptionnellement peu sensible ou, au contraire, essentiellement vive des besoins personnels.

Examinons ce phénomène de plus près : Nous connaissons la valeur d'usage personnelle des biens comme l'avantage qu'ils offrent pour un consommateur quelconque par rapport à ses besoins et à ses désirs. Mais il y a avantage et avantage et, dans la circulation des richesses, si étendue à noire époque, uu avan-

Page 1