‹ Théorie de la valeur, avec une réfutation des théories de Rodbertus, Karl Marx, Stanley Jevons & Boehm-BawerkChapitre 34 sur 184 · CHAPITRE IV. LA VALELK d'uSAGE PERSONiNELLE · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. LA VALELK d'uSAGE PERSONiNELLE

Il en est de même des biens comme le bois, les pierres, le fer, le blé, etc. Pour tous les biens fongibles, la valeur d'échange et le prix du marché — ou bien la valeur de production individuelle pour le producteur lui-même — forment le niveau commun vers lequel tendent, dans la vie sociale moderne, les évaluations économiques et personnelles des consommateurs.

Nous pouvons aussi nous expliquer maintenant pourquoi l'air et l'eau et autres biens non-économiques sont, ordinairement et jusqu'à une certaine limite, moins estimés que les biens économiques, comme le bois, les pierres, le fer, le blé, malgré les besoins très pressants que satisfont certaines quantités d'air, d'eau, etc., et la haute valeur d'usage qu'ont, par suite, celles-ci. Le fait que ces biens non-économiques sont négligés parfois et que même on traite en non-valeurs des quantités considérables de ces biens, ne résulte pas exclusivement de ce que tous les besoins qui leur correspondent sont entièrement satisfaits. Ce dernier phénomène est, sans doute, important, mais il pourrait se produire de même à propos des biens économiques, comme le bois, les pierres, etc. Si l'on fait peu de cas de l'air et de l'eau et des autres biens non-économiques, la cause en est d'abord en ceci qu'ils sont librement accessibles à tous, — ce qui, par exemple, ne s'applique pas au sol dans nos contrées, — et ensuite que leur acquisition exige peu de travail, de sorte que le consommateur peut les obtenir sans grands sacrifices de sâ part. On ne saurait attribuer ce dernier caractère à la plupart des richesses dont nous nous servons dans la consommation, — des biens économiques comme le bois, les pierres, le fer, le blé, etc., dont l'acquisition exige toujours un travail plus ou moins pénible.

Dès que, par suite, l'acquisiUon d'un bien non-économique et librement accessible, comme l'air, exige un coût de production assez considérable, il peut obtenir tout de suite, en même temps

tome I, chap. i, p. 7 ; cf. trad. franc., p. 15, co!. 2.) Nous faisons remarquer que c'est aussi bien leur valeur d'usage que leurs valeurs de 2)>"oduction et d'échange qui, en ce cas, serait atteinte.

qu'une valeur d'usage spéciale, une valeur de production et une valeur d'échange.

Il en est ainsi par exemple pour l'oxygfsne que nous nous procurons dans une pharmacie : sa valeur d'échange ne se détermine pas assurément par V utilité-limite que chaque malade peut tirer d'une quantité déterminée de ce gaz ; elle se base, évidemment, sur le coût de production éventuel.

Revenons à l'influence essentielle que le coût de production des biens peut exercer sur les évaluations économiques personnelles. Cette influence est manifeste dans une catégorie spéciale de richesses que nous examinerons séparément. Il s'agit de certains biens qu'on n'a acquis que par un travail plus ou moins considérable, mais dont il y a ensuite surabondance, de sorte que tous les besoins peuvent en être entièrement satisfaits.

Dès ce moment, selon la théorie utilitaire moderne, Vutilitélimite de ces biens serait tombée à zéro. Cependant, considérons l'eau potable qui nous est fournie en abondance par une conduite d'eau. Elle possède premièrement une valeur cCusage qui, bien ijue variant avec les consommateurs et les besoins de ceux-ci, sera généralement assez grande pour empêcher de négliger ce bien précieux. Ensuite, elle possède des valeurs de production et d'échange. Or, ces dernières exercent une telle influence sur la valeur oJ'wsa^e que celle-ci, bien loin d'être nulle, ne tombera jamais au-dessous du niveau tracé par les frais de construction et d'entretien de la conduite d'eau, c'est-à-dire le niveau du coût de la production de l'eau (1).

Dans une société possédant des moyens de communication et des marchés réguliers, secondés par une production continuelle, l'influence qui est exercée sur les évaluations per-

(1) M. Bôhm-Bawbrk s'est trompé ici encore une fois. Voir l'exemple qu'il donne de la conduite d'eau qui sert à un paysan (Kapital und Kapitahins, tome II, note à la page 226 ) 11 est manifeste (drastisch), pvéXend l'économiste autrichien, « que c'est non les « difficultés de l'acquisition », mais bien la rareté qui est ici l'élément décisif. » Naturellement, c'est le contraire qui est vrai.

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