CHAPITRE V. LA VALEUR d'uSAGE SOCLA.LE
dépensée à la produclion de parures et d'oroemenls futiles, de boissons et d'aliments rares, ou qu'elle servira à créer certaines catégories de biens qui pourvoient aux premiers besoins humains du plus grand nombre.
11 est fort compréhensible que les représentants de la doctrine utilitaire dans la science économique moderne, tout en prenant pour point de dépari de leur théorie la valeur d'usage des biens, n'aient pas analysé de près la valeur d'usage sociale. Les a évaluations personnelles » sont pour ces économistes le commencement et la fin.
Comment le Grenzmitze7i, V utilité- limite que l'individu attribue aux richesses, pourrait-il être la base de toute valeur, même delà valeur d'échange objective, et constituer ainsi u. la pierre angulaire » de la science économique, si la valeur d'usage elle-même ne peut pas être consid'^rée comme exclusivement régie par les évaluations personnelles du consommateur? Les économistes utilitarisies, ayant déjà confondu la notion générale de valeur avec celle de valeur d'usage^ ont complété cette première erreur par une deuxième, en ne distinguant pas rigoureusement la ua^ewr d'usage personnelle de \a valeur d'usage sociale.
Ce qui a une valeur d'usage aux yeux de l'individu, Uf" fûtce que momentanément et dans des conditions spéciales, devra, selon ces théories, posséder en outre une valeur d'usage sociale, attendu que la société se compose d'un ensemble d'individus.
Cependant, — et c'est pour illustrer cette vérité que nous avons cité l'exemple donné par Smith, — les biens ne peuvent être considérés comme enrichissant un peuple, ou une génération entière, que dans des conditions bien spéciales. Pour avoir ce caractère, il ne suffît pas qu'ils aient satisfait à un moment donné les désirs personnels d'un consommateur quelconque, ni qu'ils aient enrichi l'individu qui les a fabriqués ou portés au marché ; il faut qu'en satisfaisant quelques désirs particuliers, ils aient collaboré physiquement ou intellectuelle-
91 rAinilC II. — LA VALEUIl SUBJEGTIVIÎ
ment an luen-ôlre du consommateur et par là à celui de la coilcclivilé humaine. Encore faul-il que le bien qu'ils font à un membre ne soil pas contrebalancé par le mal qu'ils font aux autres.
Nous avons déjà pris pour exemple la fabrication et la vente de l'opium et de l'absinthe. Un individu quelconque peut considérer son intoxication par ces poisons comme une augmentalion momentanée de son bonrieur et de son bien-être; mais l'influence néfaste que cette consommation exerce sur ses facultés physiques et intellectuelles explique suffisamment pourquoi nous contestons aux biens de cette nature une valeur d'usage dans le sens social et général du mot.
On ne pouvait pas attendre davantage des représentants de la doctriiie objectiviste dans la science économique, — des écoles de Hicardo-Marx, — qu'ils prêtent attention à la valeur d'usage sociale des richesses. Engagés dans leurs considérations abstraites sur le travail comme base réelle de la valeur des denrées, ils perdaient facilement de vue les caractères naturels des biens. Ils ont donc aussi peu analysé la valeur d'usage sociale des biens qu'examiné l'influence particulière exercée sur la valeur d''échange par la valeur d'usage sous ses deux formes. Le représentant le plus autorisé de la théorie de la valeur-de-travail, Karl Marx, n'a jamais compris — comme nous le démontrerons suffisamment dans un chapitre suivant — la nature de la valeur d'usage personnelle ou sociale.
Dorénavant, pourtant, la science économique devra s'occuper, plus qu'elle ne l'a fait jusqu'à présent, de l'étude de la valeur d'usage sociale. Elle devra le faire, d'une part, pour la raison exposée dans la préface de cet ouvrage : que la science économique, en se développant, comprendra de mieux en mieux à quoi l'oblige son rôle de branche particulière de la sociologie générale. Elle continuera de s'occuperspécialement du bien-être matériel des hommes, mais elle l'étudiera dans son rapport continuel avec la civilisation en général. Car; la science