‹ Théorie de la valeur, avec une réfutation des théories de Rodbertus, Karl Marx, Stanley Jevons & Boehm-BawerkChapitre 39 sur 184 · CHAPITRE V. — LA VALELR d'lSAGE SOCIALE · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. — LA VALELR d'lSAGE SOCIALE

contemporaine le prouve jusqu'à l'évidence : la grandeur et la nature des richesses sociales dépendent, non seulement du développement intégral des forces productives de la société, mais aussi de la civilisation intellectuelle et morale des peuples, réagissant à son tour sur la forme de la production qui lui sert de base.

Dans l'Antiquité et le Moyen Age, les bijoux et les pierres précieuses constituaient une part beaucoup plus considérable et plus estimée de la richesse sociale que dans les temps modernes ; de même ces sortes de richesses sont plus estimées par les peuples de l'Asie centrale et méridionale que parles nations modernes de l'Europe, de l'Amérique et de l'Australie.

Considérée en général, la richesse sociale diffère, chez un même peuple, aux diverses périodes de sa civilisation. Cette richesse sociale, à divers points de vue, était autre dans l'Antiquité qu'au Moyen Age. Pour quiconque voudra l'étudier de près, elle prendra encore un nouveau caractère dans les temps modernes, où elle correspond en tout à la structure capitaliste de la société avec son salariat, sa concurrence, ses richesses fabuleuses en face d'un paupérisme effrayant, son commerce extrêmement développé et sa science qui produit chaque jour de nouvelles applications techniques. Pour ne prendre que ce dernier facteur, on doit compter avec l'influence exercée par la science moderne sur les richesses sociales, tant dans le sens du progrès et de la civilisation que dans le sens de la réaction et de la décadence. En ce dernier sens, par exemple, on n'a qu'à penser aux services rendus par la chimie moderne en matière de falsification d'aliments.

Il y a une autre raison encore pour que la science économique compte dans l'avenir plus qu'à présent avec la valeur d'usage sociale des richesses et en entreprenne l'étude approfondie pour toutes les nations du monde. C'est que les recherches delà sociologie moderne ont prouvé que, plus les sociétés se trouvent à un stade relativement primitif de développement, plus l'individu y est, dans sa vie quotidienne, subordonné au groupe. Ce

«h; PARTII^ 11. — LA VALEUR SUBJECTIVE

ne sont pas les intérêts de l'individu, mais ceux du groupe, de la famille, de la tribu, qui ont d';ibord dominé les forces d'évoliilidu de In civilisation humaine, et ce n'est que dans le cercle des intérêts du groiipo que l'individu et ses besoins et désirs particuliers pouvaient s'exprimer librement; aussi le développement intellectuel et moral de l'individu et son bien-être matériel ont-ils toujours emprunté leur première impulsion, leur direction prépondérante et leur forme concrète aux intérêts matériels, irilellecluels et moraux du groupe auquel l'individu appartenait et sur lesquels cependant son influence personnelle a toujours pu réagir.

Aussi, non seulement la science économique moderne se mettra de plus en plus en rapport, dans ses recherches sur les richesses et le bien-être matériel des peuples, avec les branches sœurs de la sociologie, mais elle s'élèvera aussi au-dessus du niveau de ces écoles qui ont cru pouvoir déduire d'impulsions et d'intérêts individuels les lois de l'évolution humaine et les rapports sociaux de production et de distribution.

En ce qui concerne la valeur d'usage sociale des biens, les premières recherches scientifiques, à proprement parler, sont encore à faire. Les recherches dans ce domaine constitueront sans doute, dans l'avenir de la science économique, une partie spéciale des éludes sociologiques. Ces recherches semblent se compliquer du fait que la valeur d'usage sociale varie, en ce qui concerne les richesses elles-mêmes, avec les avantages physiques et chimiques qu'elles possèdent. Or, l'étude des qualités physiques et chimiques des richesses n'appartient pas, à proprement parler, cà la science économique.

La science économique proprement dite n'a pas comme tâche de mesurer les propriétés nutritives du blé ou la puissance calorifique des charbons, ou bien de rechercher l'influence de l'alcool sur le corps et l'esprit de l'homme. L'étude des caractères techniques des richesses doit rester le domaine d'une science spéciale, quelle que soit l'utilité de cette dernière pour

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