‹ Théorie de la valeur, avec une réfutation des théories de Rodbertus, Karl Marx, Stanley Jevons & Boehm-BawerkChapitre 4 sur 184 · THRORIIÎ DE LA VALEUR · texte numérisé non relu

THRORIIÎ DE LA VALEUR

Lorsque nous exprimons, dans la vie journalière, la valeur d'un objet quelconque en la comparant immédiatement à celle d'un autre objet, quand nous l'égalons par exemple à X onces d'or, ou Y francs, la vérité de l'assertion mentionnée est évidente.

L'égalité ne saurait avoir un autre sens que celui-ci : le rapport entre l'objet susdit et une once d'or ou bien un franc (en ce qui concerne leur « valeur » respective) est le même que le rapport de X : 1 ou de Y : i. C'est donc une proportion pareille à celle que nous exprimons en disant qu'un arbre quelconque a une longueur de cinq mètres ce qui signifie simplement : au point de vue de la longueur, l'arbre est à un mètre ce que 5 est à 1.

Cependant, il suffit d'approfondir un peu plus l'idée même de valeu)', pour reconnaître qu'elle n'est ni aussi simple ni aussi claire que celle de longueur. D'abord le mot de valeur peut avoir plusieurs acceptions ; ensuite, — et c'est ce que nous montrerons en premier lieu, — quel que soit le sens donné à ce mot, nous ne trouverons jamais une unité propre à exprimer la valeur des choses comme nous en avons une pour la mesure des distances.

Les distances ou longueurs peuvent être mesurées dans le sens strict du mot; leur grandeur, en effet, s'exprime à l'aide d'une autre distance, d'une autre longueur, qui est prise comme unité de mesure. Cela se peut, puisque — comme le fait très luen remarquer Rodbertus — « une unité de mesure n'est autre chose qu'une fraction de la grandeur à mesurer même, fraction devenue visible et proclamée unité » (1).

Or, c'est justement à cet égard qu''il existe une différence essentielle entre la râleur des objets et par exemple leur lon-

(i) Rodbkrtus-Jagetzow, Zur Erkenniniss unsrer staatswirthschaftliehen Zustdnde, Neubrandenbvurg, 1842, cla. II, p. 34. Rodbertus a, plus soigneasiam.ent qu'on ne l'a fait d'ordinaire, examiné la « valeur » camme une notion compaa'ative, seulement il a'a pas suffisamment fait attention aux rapports existant entre les choses évaluées et l'homme qui évalue.

gueur. Un aibre a une certaine longueur indépendante de son milieu ; il a la même longueur ici que dans le centre de l'Afrique. Il en est autrement de la valeur : le charbon enfoui dans le sol de l'Afrique ne saurait représenter une certaine valeur que lorsqu'il est mis en rapport avec les hommes ; el sa valeur même n'esi pas autre chose que ce rapport.

Ce fait que la valeur des choses suppose toujours un rap[)orl entre elles et un être humain quelconque ou le genre humain en général, se trouve bien ça et là superficiellement noté dans la science économique ; mais, le plus souvent, on ne l'a pas suffisamment mis en lumière dans l'analyse de l'idée de valeur, et c'est même là une des principales causes de la confusion de celle idée.

En France, par exemple, Condillac pose en principe que notre besoin d'une chose, s' exprimayit dans l'opinion personnelle que nous avons de sa rareté ou de son abondance, décide de sa valeur, — l'atilité île cette chose restant la même (1). D'autre part, d'après J.-B. Say, cette utilité qui fonde la valeur est une qualité essentielle aux choses mêmes : « C'est la faculté d'acheter, qui fait que les choses sont des richesses ; or cette faculté, cette qualité qu'on appelle leur valeur, est daiis l'objet qu'on évalue, indépendamment de l'objet qui sert à faire cette évaluation. » (2).

il) « Si la valeui- des choses est fondée sur leur utilité, leur plus ou moins de valeur «st donc fondé, l'utilité restant la même, sur leur rareté ou sur leur abondance, ou plutôt su,r l'opinion que nous avons de leur rareté et de leur abondance. » (Condillac, Le Commerce et le Gouvernement, I^s partie, chap. i, Amsterdam, 1776, p. 14.)

« Car la valeur est moins dans la chose que dans l'estime que nous en faisons, et cette estime est relative à notre besoin : elle ci'oît et diminue, comme notre besoin croit et diminBe lui-même. » [Ibidem, p. 15.;

(2) L'italique est de l'auteur : J.-B. Say, loc. cil., p. 37. Cette opinionci, cependant, ne l'a pas empêché de déclarer nettement an commencement du même chapitre : « La seconde circonstance à remarquer relativement à la valeur des choses, est l'impossibilité d'apprécier sa grandeur absolue. Elle n'est jamais que comparative •» [Loc. cit., p. 34.) Aussi le iait que Say cherche l'origine de la "valeur dans les objets mêmes qu'on

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