‹ Théorie de la valeur, avec une réfutation des théories de Rodbertus, Karl Marx, Stanley Jevons & Boehm-BawerkChapitre 43 sur 184 · CHAPITRE V. LA VALEUR d'uSAGE SOCIALE · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. LA VALEUR d'uSAGE SOCIALE

La valeur d'usage sociale, au sens étroit du mot, influait ici sur la valeur d'échange des articles en question : fruits, vin, naaïs et coton, influence dont nous aurons encore à nous occuper amplement. Tout ce que nous avons dit ici est d'une importance essentielle pour le problème de la répartition du travail social total entre les diS'érentes branches de la production. Le nombre des besoins humains étant presque illimité et chaque besoin, comme nous l'avons remarqué, n'étant actuellement satisfait, pour la plupart des consommateurs, qu'autant que d'autres besoins plus ou moins pressants le permettent, la surabondance ou la rareté relatives de la quantité totale d'une richesse dépend étroitement delà répartition du travail social total entre les catégories principales des besoins et des désirs humains, ou, pour parler autrement, entre les différentes branches de la production.

Cette répartition ne peut pas être considérée comme rigoureusement délimitée, parce que, dans presque toutes ces catégories, — surtout dans celles de l'alimentation, de l'habillement, du logement, etc., — des produits d'une certaine sphère peuvent remplacer ceux d'une autre et pourvoir à des besoins et à des désirs de la même espèce. La production du café, par exemple, est étroitement liée à celle d'autres boissons comme le thé, le cacao, le lait, etc.

Les exemples donnés plus haut pour illustrer l'influence exercée sur la valeur d'usage sociale des richesses par leur surabondance ou leur rareté relatives, regardent tous le travail agri-

qu'on fait robjection, par exemple, que l'usage du fer est bifen plus utile aux hommes que celui de l'or, taudis que, néanmoins, la valeur d'échange d'une livre d'or = 25,000 livres de fer, on néglige absolument le t'ait dëcisil que, pour un besoin total de 1er dont un peuple estimera la satisfaction 10 fois plus importante que celle de son besoin d'or, il se trouvera peut-être deux millions et demi de quintaux de fer et seulement 10 quintaux d'or. » (Knies, Das Geld, chap. iv, pages 161-162.) L'honneur d'avoir le premier éclairé ce point en dissipant l'erreur qui voyait ici un contraste entre la valeur d'usage et la valeur d'échange est attribué par Knies à HiLDEBRAND {Nationalukonomie der Geijenwart und Zukunft, p. 316).

J(Mî PARTIE 11. — LA VALEUR SUBJECTIVE

cole, c'esl-à-dire une sphère de production où la quantité disponible des richesses ne dépend qu'en partie de l'homme qui les produit.

Tout en considérant la demande totale de fruits, de vin, de maïs ou de colon, dans un pays, comme une grandeur connue, du moins approximativement, nous avons pourtant à compter dans la production avec la nature comme facteur puissant, pouvant toujours donner une récolte beaucoup plus ou beaucoup moins féconde que les calculs des hommes n'ont pu le prévoir.

Mieux que l'offre totale, l'homme peut prévoir en général, pour les produits en question, la demande totale ; les calculs s'appuient ici sur l'expérience en se réglant sur la demande totale et eflective des années précédentes.

Dans les différentes branches de l'industrie, au contraire, aussi bien dans les industries extraclives que dans celles qui rendent utilisables les matières premières, et même en partie dans les industries agricoles telles que l'élevage des bestiaux, la production peut être déterminée à l'avance et soumise aux calculs humains. La faveur ou la défaveur de la saison perdent ici leur influence prépondérante. De plus, la demande totale est également connue, avec une certaine approximation ; on la calcule ici avec une exactitude, sinon supérieure, au moins égale à celle où l'on peut arriver dans la sphère de l'agriculture et du jardinage.

Laissons »ie côté certaines influences, qu'on ne saurait prévoir ni calculer ; que l'on pense, par exemple, à l'influence exercée parfois par la mode. On peut dire, en général, que la grande industrie capitaliste arrive à prévoir avec assez d'exactitude la quantité totale d'un article de consommation quelconque, qui sera demandée au marché. De même, sous un régime communiste, après quelques essais et de courts tâtonnements, il n'y aurait pas plus de difficulté à connaître la totalité de tous les besoins et désirs humains par rapport aux produits dont nous parlons, qu'il n'y en a maintenant à prévoir la demande totale et effective qui se présentera au marché.

CIIAPlTKb: V. LA VALEUR D USAGE SOCIALE

11 faut donc admettre qu'il y a des cas où les calculs ont la même prise sur la demande totale et effective que sur la provision disponible et l'offre totale des richesses, — les deux facteurs qui décident de la surabondance ou de la rareté relatives de toutes sortes d'articles. Il en est ainsi, avons-nous dit, pour les pro'luits de la grande industrie moderne, et en général pour ceux de toutes les branches de la productii^n n'appartenant pas à l'agriculture ou au jardinage.

Cependant, la demande totale et l'offre totale ne sont soumises aux calculs scientifiques que considérées en grand et en général, et nou pas pour chaque producteur en particulier. Le règlement de la production obéit, dans la société capitaliste, aux sentiments empiriques et aux tâtonnements des producteurs particuliers, qui n'appretinent bien souvent l'état du marché international qu'à leurs dépens ; dans certaines branches spéciales il obéit aux décisions despotiques de quelques grands capitalistes-monopoleurs.

Dans le premier cas, le producteur particulier peut se méprendre, soit en ce qui concerne l'offre et la demande sur le marché national et international, soit en ce qui concerne certaines conditions exceptionnelles momentanées ou locales. Même en dehors de l'agriculture ou du jardinage, il peut se laisser amener à produire des marchandises pour lesquelles il n'y a pas de demande au sens étroit du mot. Si cela lui arrive comme entrepreneur industriel, il sera dans le même cas que les producteurs agricoles efTrayés par une récolte trop abondante.

Les marchandises »iu'il a produites seront des non-valeurs, parce qu'elles auront été produites au-dessus de la demande totale et effective dans la branche particulière de la production à laquelle elles appartiennent. Parmi tous les producteurs de celle branche particulière, sera-ce justement notre ami ou bien son voisin (jui paiera puur les autres, voilà une question dont il n'y a pas lieu de nous occuper pour le moment.

Ce qui importe à l'analyse de la valeur d'usage sociale, c'est

'"'"^ CAiniK II. LA VAI.KIH SI HJIXTIVE

que les articles de consommalion produits au-dessus des besoins totaux ^\m entrent en jeu, perdent leur valeur. Pour l'entrepreneur particulier qui supportera les conséquences de ce phénomène, cela n'aura pas d'autre eilet que s'il avait apporté au marché, au lieu de fer, de pétrole ou de laine, des sauterelles ou des chardons. L'industriel qui a eu le malheur de produire ainsi des articles superflus sera enclin, poussé par son égoïsme d'entrepreneur capitaliste, à les détruire ou à les laisser détériorer par le temps, tout comme les maraîchers dont nous avons parlé, qui laissaient les fruits se dessécher sur les arbres ; pas plus que ceux-ci, il n'aura l'idée de produire au profit des classes sociales dont les besoins ou les désirs non-satisfails n'ont pas pu se faire valoir. C'est à cause de l'organisation défectueuse de la société que ces richesses sont traitées comme des non-valeurs, bien qu'elles ne le soient pas par nature et qu'elles soinnt à même, bien souvent, de satisfaire encore des besoins ou des désirs humains excessivement pressants et qui restent actuellement inassouvis.

Lorsque, dans des branches particulières d'industrie, la production est entre les mains de quelques grands capitalistesmonopoleurs, il se présente un autre phénomène.

Grâce aux coalitions modernes de grands capitalistes, connues sous le nom de cartels et de trusts, la production est souvent organisée de façon que l'oflVe totale d'un article est étudiée et réglée d'avance par les entrepreneurs coalisés dans tout le territoire où la coalition exerce son influence, c'est-à-dire, pour certains articles de consommation, dans une grande partie du monde ou même dans le monde entier. Cependant, leur monopole peut également influer, dans certaines limites, sur la demande totale et efl^ective. Les rapports sociaux basés sur l'appropnalion privée mettent déjà les grands capitalistes alliés à même de ne tolérer que la satifaction des besoins de certains consommateurs : ceux qui paient des prix de marché capables de procurer aux monopoleurs les dividendes voulus. El cependant, parmi les industries nationales ou internationales domi-

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