‹ Théorie de la valeur, avec une réfutation des théories de Rodbertus, Karl Marx, Stanley Jevons & Boehm-BawerkChapitre 52 sur 184 · CHAPITRE \U. LA THKORIK UTILITAIRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE \U. LA THKORIK UTILITAIRE

rins, si les deux chevaux sont de la même qualité et si les marchands ont à faire abstraction de toutes les particularités individuelles qui distinguent chacun des deux animaux, — comme cela doit se produire au marché de M. Bôhm-Bawerk. La supposition faite ici paraît encore plus irrationnelle quand on ajoute qu'il s'agit de marchands modernes achetant et vendant leurs animaux sans que l'on puisse parler pour cela de la satisfaction de leurs propres besoins, ni des services que pourraient leur rendre les chevaux.

En outre, que faul-il entendre par les mots même qualité qu'emploie Tauteur ? C'est une expression qui semble vide de sens dans son exposé ; d'ailleurs tout ici est irréel ; les évaluations que font tous ces marchands sont en l'air. Il semble cependant que ce qu'il y a d'essentiel dans une théorie de la valeur objective des richesses soit la connaissance des particularités qui sont ici purement arbitraires.

Bfi évalue son cheval 260 florins, soit. Mais pourquoi pas à 260 kreutzer, ou bien à 260 centimes, pourrait-on demander ? Ou, d'autre part, pourquoi pas à 260 tonnes d'or ? Au marché aux chevaux réel et non-métaphysique, le marchand ne lardera pas à vous répondre ; en vous amenant un cheval de 260 florins, il vous calculera, par exemple, ce qu'un jeune cheval fort et sans défauts coûte à l'éleveur, et c'est précisément ce coût de production qui, dans son esprit d'éleveur ou de maquignon, lui servira de base pour ses propres évaluations, celles-ci pouvant être influencées et modifiées, il est vrai, par des circonstances accessoires et particulières. Elles peuvent l'être en premier lieu, naturellement, par les qualités spéciales de l'animal en question, ensuite par les rapports de l'offre et de la demande eR"ectives, ainsi que par de pures spéculations de marché.

Regardons maintenant l'échange du côté de l'acheteur. 11 est évident qu'ici nous pourrions reproduire les mêmes objections que nous venons d'apporter de l'autre côté, relativement à l'exposition abstraite et si peu réelle des rapports de marché et

120 PAirr. m. — valiiUk oFiJKCTivE. considérations genkrales

do 1.1 naliire des marchandises. Le paysan di&posé à acheter un cheval an marché, n'y évahie pas un cheval en soi à 300 florins ou à 150 florins ; an contraire, il fait ses évaluations par rapport aux chevaux déterminés qu'on lui amène et dont il peut d'avance juger le» qualités et vertus particulières, choses dont, il est vrai, M. Bohm-Bawerk a fait abstraction, mais qui néanmoins sont la vraie base sur laquelle notre paysan fonde toutes ses évaluations personnelles.

D'autre part, il faut avouer que la théorie de Witilité-limite se montre moins évidemment et moins directement en contradiction avec la vie pratique, quand on examine l'échange du côté de l'acheteur, que lorsque, comme nous l'avons l'ait tout à l'heure, on l'envisage du côté du vendeur.

Le paysan, acheteur d'un cheval, tient assurément compte de l'utilité qu'il pourra tirer ^personnellement de son cheval, bfi l'on veut, c'est sa première préoccupation de savoir quels services futurs lui pourra rendre l'animal qu'il cherche à acheter. Nous nous trouvons même ici en face de l'hypothèse fondamentale que prétend introduire la doctrine utilitaire dans la science économique : Que la valeur d'un bien dépend de Vutilité finale qicHl peut avoir, c est-à-dire de son emploi futur et non pas de son coiit de productio7i (1).

Cependant, avec un peu de perspicacité et d'attention, nous verrons aisément qu'il ne s'agit pas ici de la valeur objective des biens {valeur d'échange) mais de Vutilitè ou de Vavantage que ces biens peuvent procurer au consommateur.

On pourrait prétendre, avec les mêmes représentants de la tbéorie utilitaire, que la valeur d'une mine d'or dépend de celle du minerai qu'elle donne, — cette dernière, à son tour, de la valeur de l'or pur qui a passé à travers toutes les transformations nécessaires : broyage, lavage, fonte, etc., jusqu'à la va-

(1) Cf. Bôhm-Bawerk, toc. cit., chap. I, vu, p. 288. Voir aussi ibidem, p. 299 : <( En dernière instance ils (les frais de production) ne dontient pas la valeur à leurs produits, mais la reçoivent d'eux. »

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