CHAPITRE VU. LA THKORIE ITILITAIRE
leur des articles d'art en or, — tandis que la valeur du produit final {Schluszprodukt) serait délermiue'e par son iitilité-limite. Mais il est évident que cette utilité-limite qui décide en définitive n'est autre chose que la valeur d' usage que les objets d'art en question ont pour les consommateurs, et que c'est tout autre chose que la valeur objective (valeur d'échange) de ces objets.
Lorsque nous nous rendons chez un orfèvre quelconque pour vendre un ornement en or, nous voyons que cet homme évalue notre bijou comme du '< vieux », qu'il le taxe d'après la valeur du métal, sans s'occuper un moment de l'utilité personnelle que l'objet peut avoir eue, ou pourrait avoir encore pour nous, comme article d'usage.
De la même manière, il nous faut distinguer entre la valeur objective (valeur d'échange) qu'un cheval représente au marché et les services personnels que l'acheteur pourra tirer plus tari de cet animal ; ce sont deux conceptions bien différentes que l'on doit séparer Tune de l'autre. D'une façon générale, si l'acheteur avait dans l'esprit quelque évaluation personnelle de la marchandise qu'il désire acquérir, c'est par hasard seulement que, dans la vie sociale compliquée de nos jours, la valeur objective coïnciderait au marché avec cette évaluation. L'analyse ne nous montre que le résultat suivant : les évaluations personnelles de l'acheteur peuvent influencer la valeur] objective et leur influence sera d'autant plus grande, en général, que le nombre des acheteurs sera plus limité ou qu'un individu-consommateur exercera plus catégoriquement une puissance spéciale et monopolisatrice sur les transactions du marché. Voilà tout !
Du côté de l'acheteur comme du côté du vendeur, la base de la valeur objective des biens manque, tant que nous voulons la considérer comme le produit d'un simple jeu d'évaluations personnelles dépendant des besoins accidentels de l'individu. Celte base manque pour le marché aux chevaux de M. Bôhm-Bawerk aussi bien que pour l'échange de blé et de
128 l'AUT. III. VALKUR OHJKCTIVE. CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
bœuf de Stanley Jevons, aussi bien que pour !e marché du thé do M. Seligman (i), etc.
Ne croyons pas que les bases de ces évaluations personnelles aient été bien et dûment examinées par les représentants de la doctrine utilitaire ; on eût pu s'y attendre du moins de la part de ceux qui se sont demandés, comme M. Bohm-Bawerk, — et c'est un des rares exemples que l'on puisse citer, — si par hasard les évaluations personnelles n'auraient [las besoin de quelque analyse s[)é(:iale.
M. Bôhm-Bawerk recherche quelles circonstances décident « si le niveau d'évaluation des couples-limites est lui-même plus ou moins élevé ». Il répond qu'il s'agit ici des quatre « motifs » {Bestimmgrilnde) suivants relatifs au prix :
\° « Nombre des demandes concernant les marchandises » (m Ampleur de la Demande »).
2° « Niveau des chiffres d'évaluation du côté des aspirantsacheteurs » (« Intensité de la Demande »).
3° « Nombre des marchandises à vendre » (« Ampleur de ruffre .)).
4" « Niveau des chiffres d'évaluation du côté des aspirantsvendeurs » (« Intensité de l'Offre ») (2).
Il est vrai, que les « chiffres d'évaluation >> mentionnés aux §§ 2 et 4 (Intensité de la Demande et de l'Offre) sont encore présentés comme des u nombres proportionnels » (Verhàltniszahlen), obtenus par la comparaison des évaluations respectives de la « marchandise» et de la « marchandise numéraire » ; mais ni l'offre ni la demande ne sont examinées sérieusement sur ce point, La distinction introduite ici n'amène pas, comme elle l'aurait dû, à l'analyse de la double action exercée dans ce cas par la valeur de production et la valeur d'usage. En définitive, les évaluations personnelles sont encore en l'air.
(1) Edwin R. a. Seligman, Principîes of Economies, New-York, 19U5, chap. XV, pages 228 et suiv.
(2) Voir Bôhm-Bawerk, loc. cil., chap. II. m, pages 392-393.