‹ Théorie de la valeur, avec une réfutation des théories de Rodbertus, Karl Marx, Stanley Jevons & Boehm-BawerkChapitre 54 sur 184 · CHAPITRE VU. LA THKORII': UTILlTAlRfc · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU. LA THKORII': UTILlTAlRfc

Nous maintenons ce jugement pour la troisième édition de la Théo7'ie positive du capital (deuxième partie, Innsbruck, 1912) de l'économiste autrichien. Si l'on compare cette édition aux deux précédentes, on se voit placé devant un cas quelque peu analogue à celui que présente le troisième tome du Capital de Marx. A plusieurs reprises, M. Bohm-Bawerk y renverse sa propre théorie, tout en la conservant et tout en ayant l'air de l'expliquer. Profitant des critiques que sa théorie a soulevées ces dernières années, il fait des concessions énormes dont certaines contredisent le fond même de sa théorie, mais ces conce^sions ne IVmpêchent pas de conserver ses formules originaires dans toute leur naïveté.

Ainsi, en examinant les évaluations de la marchandise par les aspirants-acheteurs, M. BtWim-Bawerk reprend le cas du « pardessus d'hiver volé » (voir plus haut, p. 81). « Si nous avons la certitude, reconnaît-il, de pouvoir acheter à tout instant, au prix de 40 florins, un nouveau parde-^sus à la place du premier, nous n'évaluons ce pardessus qu'à 40 florins ou d'après Vutilitélimite qu'a pour nous le prix d'achat de 40 florins qu'il faut dépenser » (1).

Naturellement, M. Bôhm-Bawerk ne va pas jusqu'à rechercher ce que chaque tailleur lui proposera en lui expliquant pourquoi un pardessus d'hiver est coté 40 florins ; prix de marché du drap, salaires du coupeur et des ouvriers tailleurs, loyer du magasin, impôts, etc. ; mais la valeur objective du pardessus mesurée d'après Y utilité-limite pour le consommateur n'en est pas moins remplacée eu fait [lar la valeur objective mesurée par le prix d'achat que demande le tailleur, c'est-à-dire le producteur-vendeur.

Plus encore : lorsque, dans un chapitre nouveau, M. Bofim- Bawerk donne le « résumé « de sa théorie de la valeur, il admet :

a) Que l'évaluation d'après V utilité- limite immédiate [unmit-

(1) Loc. cit., p. 397.

Cornélisseu 9

\'M) l'AUT. 111. — vAM'.un oH.iKinivi':. considkrations gknkhales

ielbarev Orenznutzen) ne règne, en général et d'une façon durable^ que pour « tels biens qu'on ne peut pas mulliplier à volonté, donc pour les soi-disant biens de monopole ou de rareté (Monopol-oder Seltenheitsgûter) ; puis, en ce qui concerne les autres biens, leur valeur n'est déternainée par leur utilUé-limite que momentanément et « lorsque l'offre de la production ne se trouvée pas en relation étroite avec la demande momentanée ni, par suite, la valeur avec le coùl de production » (1).

b) En ce qui concerne la masse des biens qu'on peut multiplier ou remplacer à volonté, M. Bohm-Bawerk estime qu'ils sont évalués d'après leur « coût de production », à condition que leur remplacement éventuel ne rencontre pas d'obstacles. L'évaluation de ces biens se fait de manière que le coût de production soit « marqué » par la valeur des biens qu'il faut sacrifier pour les re(nplacer, — valeur qui, par des facteurs intermédiaires plus ou moins nombreux, se base à son tour — selon l'économiste autrichien — sur une utilité-limite.

c) D'après ce type général, s'accompliraient également « les évaluatiîjns des biens qu'on peut remplacer à volonté, par la voie de l'achat ou de l'échange, à un prix qui reste inférieur à leur utilité-limite immédiate ». « Ce qui se vend dans chaque magasin à 10 florins, ajoute l'auteur, est très rationnellement évalué par nous d'après ce « coût d'achat », même si V utilitélimite immédiate que le bien en question aurait pour notre ménage, dépasse de beaucoup ce prix » (2). M. Bôhm-Bawerk fait remarquer de nouveau qu'en dernière instance, on trouve derrière ce coût d'achat une utilité-limite : celle qu'a pour nous le prix d'achat qu'il nous faut débourser avec nos moyens limités. Il oublie, cependant, que cette utilité-limite, celle que Dous attribuons à l'argent qu'il faut débourser, n'a rien à faire avec la question de savoir si, dans un magasin, l'objet dont parle

(i) Bohm-Bawerk, loc. cit., chap. I, ix, Zusammenfassung , p. 308. (2) Loo. cit., p. 309.

Page 1