‹ Théorie de la valeur, avec une réfutation des théories de Rodbertus, Karl Marx, Stanley Jevons & Boehm-BawerkChapitre 58 sur 184 · CHAPITRE VII. THKORIK DK LA VAMîUR-I)E-TRAVAlL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII. THKORIK DK LA VAMîUR-I)E-TRAVAlL

rai, une si mauvaise influence sur le travail scienliliqne de Marx.

Hegel, lui-même, n'a jamais pu parvenir à distinguer les difTérenles formes de la valeur. Déduisant d'abord la valeur des besoins humni?is, il a commencé à voir ensuite autre chose encore au fond de la valeur : le travail qui a produit les biens. Mais il n'a pas vu qu'il avait affaire dans ces deux cas à des formes de valeur diffe'renles.

Pour se convaincre de cette ve'rité on n'a qu'à comparer les §§ 63 et 196 de sa Philosophie du Droit.

En exposant que la valeur d'une chose dépend des besoins qu'elle satisfait, — Hegel nous dit qu'on fait « abstraction » ici des qualités spéciales en n'envi«ageant que la quantité générale. Le besoin particulier que satisfait une chose, est en

exister une valeur d'échange sans « valeur d'usage » et que, pour produire des valeurs d'échange, il faut produire des valeurs d'u?age pour d'autres, des valeurs d'usage sociales, doit bien formuler naturellement la diffèrence entre la valeur d'usage et la valeur d'échange, mais il se contredit lui-même en prétendant que la substance de la valeur d'échange est indépendante de l'existence des marchandises comme valeurs d'usage.

« Celui qui, comme Marx, reconnaît que la valeur d'usage du bois sauvage, de l'herbe dans les prairies naturelles, du sol vierge existe sans la collaboration du travail humain, n'a plus la liberté de prétendre que le travail humain est la base décisive et exclusive de la valeur d'échange. Dans le cadre de la démonstration de Marx, on ne saurait trouver aucune raison pour laquelle, — aussi bien que l'équation : 1 quart de Iroraeut = a quintaux de bois produits par le travail humain, — on ne pourrait pas poser cette autre équation : 1 quart de froment == a quintaux de bois poussant naturellement dans la forêt = b arpents de terres vierges = c arpents de prairies naturelles .. Nous arriverons cependant en tout cas à tirer de ces équations cette conclusion qu'il est impossible que deux quantités de travail servent de base pour l'égalité dans l'échange. Ce n'est donc pas davantage un quantum de travail qui est mesuré par ces équations. » (Karl Knies, T>as Geld, 2" édit., cliap. iv, pages 156-157.)

Pour expliquer les égalités de la valeur d'échange, il ne faut pas dire, comme Marx, que l'on fait « abstraction de la valeur d'usage », mais seulement que l'on fait abstraction des différences qui existent dans les déterminations psrticulières de la valeur d'usage ; on ne leur substitue pas une qualité étrangère, mais on les ramène à leur qualité commune. » (Loc. cit., p. 160.)

I ."'(0 l'Airr. III. VALKU» OIUKCTIVi;. GONSIDKHATIONS GKNKRALES

même temps besoin en général el c'est en raison de cette généralité qu'il trouve son expression dans la valeur. <j Cette généralité, dont la simple détermination, explique-t-il, ressort de la particularité de la chose, de sorte qu'il est fait abstraction en même temps de cette qualité spécifique, est la valeur de la chiise, dans laquelle sa vraie substanlialitc ç&i déterminée et devenue objet de notre connaissance. » (1).

Notons bi(;n, pourtant, que Hesel parle toujours de la valeur d'usage des choses et ne traite que beaucoup plus tard du travail. iMarx, au contraire, lâche de nous convaincre, avec la même méthode dialectique et presijue dans les mêmes termes que son maître, qu'il eet fait abstraction, dans l'échange, non seulement de Vulilité spécifique des marchandises, mais encore de leur imleur d'usage en général (2). Marx formule ici une théorie dont la fausseté est frappante.

C'est 11 un défaut fondamental dans la théorie de la valeur marxiste. Marx, avons-nous dit, n'a jamais compris la nature de la valeur d'usage. Il a reconnu, il est vrai, que les valeurs d'usage forment la maiière de la richesse^ mais il les a toujours traitées comme de simples « supports matériels de la valeur d'échange » [die stofflichen Trdger des Tm/schwerths (3)j, à peu près comme s'il avait traité l'individu Marx comme le simple « support matériel d'un sysîème économique ». Il n'a pas suffisamment prêté son attention à l'influence que les supports matériels de la valeur d'échange exercent sur elle. Ce n'est que par cette voie qu'il a pu créer pa théorie de In valeur- de-travail, prétendant que des quantités égales de travail humain ont la même valeur d'échange, lorsqu'elles sont simplement reconnues en général par la société comme travail « utile ».

(1) Hegel, Philosophie des Rechts, §63.

(2) Cf. le texte exact de Marx cité plus liaut, pages 143 144.

3) Karl Marx, Das Kapilal, tome I, chap. i, p. 3 ; cf. trad. fr., p- 14, col. 1.

CHAl'lTKE Vil. THÉORIR DE LA VALEUR-DE-TRAVAIL 151

Dans le troisième tome du Capital dont, à plusieurs égards, la connaissance est nécessaire pour jugf^r le système économique de Karl Marx, il n'est encore question qu'en passant de la valeur d'usage des richesses. Marx la traite encore comme la condition indispensable pour l'existence de la valeur; — mais une condition à laquelle il n'est plus pièté attention après la constatation de la nécessité de son existence. Nulle part dans l'œuvre de Marx on ne rencontre une analyse consciencieuse de la valeur d'usage et des principes par lesquels el-ese détermine (1).

En définitive, la moderne théorie de la valeur-de-travail a omis entièrement de donner la moindre preuve de son hypothèse fondamentale d'après laquelle le travail humain seul est créateur de la valeur d'échange ; — Marx n'a pas cherché à la justifier ; Hodbertus l'a essayé ; mais cette tentative doit être considérée comme ayant échoué.

Il n'en pouvait guère être autrement, puisque la vie sociale

(1) « Car, condition indispensable reste la valeur d'usage. » iDas Kapi' tal, tome III, 2^ partie, chap. xxxvii, p. 175.)

« Mais c'est là simplement la même loi qui se montre déjà dans la marcliandise isolée, à savoir : que sa valeur d'usage est la condition de sa valeur d'échange et par conséquent de sa valeur. » {Ibidem, p. 176; cf. trad. fr., p. 216.)

« Ainsi la valeur d'usage est généralement le soutien de la valeur d'échange, mais non pas sa cause. » {Loc. cit., eh. xxxviii, p. 187 ; cf. trad. fr., p. 229.)

Dans les deux premiers passages (texte allemand, p. 175 et p. 176, la traduction rend infidèlement l'original) Marx oppose « la valeur d'usage de puissance sociale » [Gebrauchsiverlh auf gesellschafllicher Potem) ou « le besoin social » à la « valeur d'usage dans la marchandise isolée » ; il nous (ait aussi remarquer, il est vrai, que la première dépend de ce que la marchandise « t^st adéquate aux besoins sociaux, quantitativement déterminés pour chaque espèce spéciale de produits » ; — mais cette observation a pour seul but de nous apprendre qu'autrement l'excédent dans une branche quelconque d'industrie devient entièrement « inutile », de même que la marchandise isolée cesse de posséder une valeur d'échange, lorsqu'elle ne satisfait pas un besoin quelconque. Voilà tout ce qu'il y a sur l'analyse de la valeur d'usage (individuelle ou sociale) dans le troisième tome du Capital.

I.'ili l'AKT. III. -— VAM;UU OH.II'CÎIVC. CONSIDKKATIONS (IKNKRAIiKS

ri'cllt^ démontre à chacjue instant, par des faits incontestables, que des richesses produites par des quantités inégales de travail et dis frais de production inégaux (et qui ne sauraient être autrement), peuvent atteindre néanmoins une même valeur d'échange en tant qu'elles présentent les mêmes qualités utiles.

Modbertus a encore formulé Fon hypothèse dans les termes t^uivanls : « Tous les autres biens (hors ceux qui ont coûté du Uavailj, si nécessaires, ou si utiles qu'ils soient à l'homme, sont des biens naturels qui ne regardent nullement l'économie... »

«... L'homme peut être reconnaissant de ce que la nature a créé d'avance en fait de biens économiques, parce que cela lui a épargné beaucoup de travail ; mais l'économie ne s'occupe d'eux qu'autant que le travail a complété l'oeuvre de la nature. » (i).

C'est sous celte forme, fort accentuée du reste, que la théorie de la valeur-de-lravail nous paraît être le plus évidemment en contradiction avec les rapports réels.

A bon (h\)it, M. ('(dim-Rawerk a fait remarquer, en discutant ce passage de Hodbertus, qu'un « morceau d'or massif », trouvé par un propriétaire dans son champ, ou bien « une mine d'argent qu'il a découverte par hasard dans sa leire », exemples dont on pourrait aisément augmenter le nombre, regardent assurément l'économie (2).

Nous avons à ajouter quelque chose à cette critique, et nous y reviendrons pour juger la théorie de la valeur-de-lravail. C'est précisément parce que l'aide donnée par la nature au travail humain regarde particulièrement la science économique et nous tous en tant que producteurs et consommateurs, — que l'humanité ne tolérera pas indéfiniment un

(1) RoDBEKTOs, Zw Beleucktumj der Socialen Frage, tome I, p. 69.

(2) Bôhm-Bawerk, Kapital uni Kajnlaliins, tome I, chap. xii, 2, A, p. 456.

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