CHAPITRE Vlll. LES BASES DE LA VALEUR OBJECTIVE 1G
production et la valeur d'usage à la créaliou de la valeur d'échange des richesses, — telle est la question capitale qui se pose tout d'abord.
En cherchant la solution de ce problème, nous constaterons une fois de plus la dificulté de trouver, pour la vie sociale, des formules générales ou des schèmes nettement tracés et applicables à tout cas particulier et à toute quantité spéciale d'une marchandise. Comme tout à l'heure, lors de notre analyse de la valeur subjective, nous devrons donc nous contenter de tracer les grandes lignes d'une théorie de la valeur.
De prime abord, il faut faire observer que rarement le travail humain seul, c'est-à-dire ce que l'on dépense à produire ou à atteindre un bien, suffît à fixer la valeur objective de ce bien, et que la valeur d'échange ne tend jamais exclusivement à coïncider avec la valeur de production sans que la valeur d'usage exerce une influence quelconque.
Nous trouverons bien des produits dont la valeur d'échange se présentera comme de'pendant essentiellement du coût de leur production, de sorte qu'en apparence, elle ne semblera fixée que par ce coût ; mais nous verrons, à l'arrière-plan, se maintenir toujours la valeur d'usage. Pour ces catégories de produits, lu valeur d'usage indiquera, par exemple, quelles quantités spéciales seront de préférence mises de côté et perdront partiellement ou entièrement leur valeur par suite d'une surabondance relative ; ou, au contraire, quels exemplaires ou quantités spéciales du produit augmenteront de valeur, de préférence à d'autres, dans le cas accidentel d'une provision insuffisante. Même pour 1- s produits les plus simples et les plus uniformes, comme des clous ou des crampons fabriqués mécaniquement, un objet pourra mieux servir à un but déterminé qu'un aulre et atteindre, par suite, une plus haute valeur que cet aulr.'. En outre, dans toutes lessphères de la production sans exception, un objet ou une quantité déterminée d'un produit peut toujours avoir une plus haute valeur d'après les besoins momentanés du consommateur, abstraction faite des frais de la production.
I (ili PAItT. 111. VAl-lîTI» OIUICCTIVK. CONSIDERATIONS GÉNÉRALES
La vie journalière montre que la valeur d'échange de certaines marcliandises peut même varier tous les jours et à toutes les heures de la journée en s'élevant au-dessus ou en tomhanl ;in-dessous du coût de production.
Les fraises apportées le matin au marché peuvent s'élever non seulement à une plus haute valeur d'usage, mais aussi à une plus haute valeur d'échange au fur et à mesure que le soleil s'élève ; lorsque, vers le soir, la chaleur diminue tandis que les fruits commencent lentement à perdre la fraîcheur, alors la valeur d'usage et en même temps la valeur d'échange des fraises baisseront graduellement, d'il pourtant, les dernières quantités d'une provision de fraises, transportées par un marchand des quatre saisons jusqu'aux quartiers populaires les plus élo'gnés d'une ville, peuvent avoir demandé le coût de production et de manutention le plus élevé et le travail le plus pénible.
Il nous serait fort difficile, d'autre part, de trouver des richesses dont les évaluations objectives se fassent, dans l'échange, exclusivement d'après leur valeur d'usage et complètement en dehors de l'influence du coût de production ou de reproduction.
La valeur de certains produits, comme le vin du Rhin ou de Champagne, particulièrement favorisés par la nature, peut s'élever, il est vrdi, bien au-dessus du niveau de la valeur que le vin ordinaire atteint difficilement et qui se rapproche sensiblement du conl de production. Ce coût, cependant, ne cesse pas d'être, dans un cas (omme dans l'autre, un élément essentiel de la valeur d'échange du produit. Môme dans le cas où la production des richesses est extrêmement facilitée par la nature, le coût de production constitue le premier élément déterminant de la valeur d'échange et des prix de marché qui, tout en s'appuy.int sur lui, peuvent s'élever, lentement ou par bonds, au-dessus du coùl de [)roductiou.
Los de notre examen de la valeur subjective, nous avons observé que le coût socialement nécessaire pour produire les richesst s, ou éventuellement le travail personnel que le consommateur doit se donner pour les acquérir, peut essentiellement