CHAPITRE VIU. r.ES BASIiS UK LA VALKUR OBJECTIVE 1G
influer même suc les évaluations personnelles de leur valeur (i'usnge. Au marché, cependvînt, ce n'est pas exclusivement le consommatenr, mais encore et surtout le prodiicleur qui fixe la valeur el le prix ; le producteur, nous le savons déjà, est pousse', par son propre intértM, à interrompre la production d'un article, aussitôt que les frais de la production ne sont plus couverts. Au marché, il est donc impossible de ne pas compter la Viileur de production comme l'élément essentiel qui se fait sentir dans toutes les transactions entre les hommes.
C'est seulement lorsqu'il s'agit de certaines richesses qu'on ne pfiiit pas reproduire, telles que les chefs-d'œuvre des maîtres antiques, les vieilles monnaies, ou certains objets historiques, que la valeur d'usage se présente à nos yeux comme l'élément prédominant ou même, en apparence, exclusivetuenl déterminant de la valeur d'échange.
Ricardo divisait, comme l'on sait, en deux catégories, les biens qui, dans leur ensemble, composent les richesses humaines : En premier lieu des richesses telles que « les tableaux et les statues de prix, les livres et les médailles rares, les vins d'une qualité exquise qu'on ne peut tirer que de terroirs particuliers, dont il n'y a qu'une quantité très bornée », — choses dont la valeur ne risque point de baisser par suite d'une plus grande abondance.
Contrairement à la vérité il considérait la valeur de ces choses comme ne dépendant que de leur « rareté » et comme « entièrement indépendante de la quantité de travail qui a été nécessaire à leur production première ».
A côté de cette catégorie de richesses ne contenant qu'une très petite partie des marchandises que l'on échange journellement, Ricardo plaçait ensuite le plus grand nombre des richesses : « ces marchandises dont la quantité peut s'accroître par l'industrie de l'homme, dont la production est encouragée par la concurrence, et n'est contrariée par aucune entrave » (i).
(1) Voir Ricardo, Principles of Political Economy and Taxation, chap. I, sect. i, édit. 1888, pages 9-10; cf. trad. franc., p. 3.
i()8 PAHT. m. VALlillU OltJKCTlVli. CUNSl DKRATIONS GÉNÉRALES
Nous n'avons pas à nous anvUer longtemps ici à la vieille théorie développée par Micardo concernant la valeur des deux cate'gories de biens qu'il dislingue. Dans notre analyse de la valeur de productio-i, nous examinerons de près sa théorie de la valeur des biens de la deuxième classe. En ce qui regarde les biens de la première, nous faisons remarquer de prime abord que, relativement à quelques-unes des richesses que vise Ricardo, le coût de la production peut incontestablement constituer un élément réel et même important de la valeur d'échange. Que la « rareté )x de ces richesses ne soit pas le seul facteur dont dépende leur valeur objective, ce fait résulte déjà de ce que des œuvres e'galement rares n'ont pas toutes la même valeur.
En efTet, si la théorie de Ricardo était exacte, tous les manuscrits ou toutes les estampes dont il reste un exemplaire unique devraient posséder la même valeur. Il est évident que le mot de rareté n'exprime que très imparfaitement l'idée que Ricardo a voulu exprimer.
Pour le moment, cependant, nous n'avons pas à faire la critique de la définition de Ricardo, mais de sa classification des richesses. Il est évident que le maître classique, en formulant sa théorie de la division des richesses en deux classes, a eu le grand mérite d'avoir cherché le premier à séparer les divers articles de consommation selon l'aspect différent de leur valeur, mais sa théorie est incomplète et peu satisfaisante pour la science économique moderne.
Il y a assurément des catégories de richesses autres que celles que Ricardo a indiquées. On peut même dire qu'une classification des richesses humaines d'après la constitution de leur valeur objective ne saurait jamais êlre complète. Il n'existe pas de classes de richesses m llf ment distinctes et dès qu'on cherche à les séparer les unes des autres, on trouve toujours de nouvelles nuances dans leur composition ; les proportions dans lesquelles les éléments composants collaborent diffèrent jusqu'à l'infini, de sorte que nous pouvons distinguer toujours de nouvelles catégories entre lesquelles les transitions sont insensibles.