CHAPITRE VIII. — LES l^ASES DE LA VALEUR OBJECTIVE
Les économistes de l'école de Hicaido, bien qu'empruntant d'jine fac^on générale au maître classique la division des richesses en deux catégories, étaient bien obligés de constater l'insuffisance de celte division.
John Stuart Mill compren.iit déjà « les produits agricoles » et en général « tous les produits bruis de la terre » (ail the rude proclïice of the enrlh) comme une classe intermédiaire entre les deux catégories distinguées par Uicardo. Ces marchandises peuvent être multipliées à l'infini, moyennant travail et dépense, dit Mill, mais (( non pas au prix d'une quantité fixe de travail et de dépense. » (1).
Même après l'intercalalion de cette classe intermédiaire, la division ne saurait nous satisfaire. Il en sera ainsi de toute diviï-i'in, d'autant plus que nous avons affaire ici non pas à des grandeurs concrètes et bien limitées, mais à des tenda'ices économiques générales.
Voici le phénomène qui, caractérisé à grsinds traits, se révèle <à nous : La valeur cVnsage et la valeur de production — toutes deux composées de divers éléments, comme nous le savons déjà pour la première — collaborent à la constitution de la valeur d'échange objective des richesses dans les proportions les plus diverses, et, pourrait-on dire, les plus capricieuses.
En tête de la série, pour ce qui regarde l'action de la valeur d'usage, nous trouvons quelques-unes des richesses, que Ricardo a rangées dans la première de ses deux catégories : richesses sur la valeur desquelles certaines particularités spéciales, telles qu'une beauté extraordinaire, un iulérêl historique, une grande rareté, etc., exercent une intluence prédominante. Ces richesses ne peuvent pas être lejiroduiles ; ou bien, — en admettant qu^elles puissent l'être, — leur tout de [iroduction ne formerait qu'une fraction secondaire de la valeur totale qu'elles représentent.
(1) John Stuart .Mill, Principles of Polilical Econuniy, livre JII, ciiap. II, S 2, Kdit. 18ti7, p. 270 ; Irad. franc., t. F, p. 495.
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Les richesses de celle sorte : slalues et tableaux antiques, vieilles monnaies et autres objets historiques, (ibiiennent pour ainsi dite, en outre d'une valeur d'échange semblable à celle d'iuitres objets de la même espèce, un prix de monopole, dont la grandeur de'pend de plusieurs circonstances accessoires, — préférences et caprices personnels, — circonstances qui les soustraient entièrement à nos recherches sur la valeur objective des Liens.
Si la théorie de iticardo sur le rôle exclusif de la « rareté» dans la v.ilenr de ce=^ objets doit être consi lérée comme incomplète et loatraire à la vérité, la correction que lui a fait subir John Stuarl Mil! ne soutient pas davantage l'examen. D'après Mill, la valeur des choses dont la quantité est absolument limitée, comme les statues et les tableaux antiques, « dépend de l'onVe et de la demande », c'est-à-dire du « rapport entre la quantité demandée et la quantité offerte » [the ratio... hetween the quantity demnnded and the quantity supplied) (1). Attendu qne l'offre est ici invariable, c'est la demande seule, — la « demande effective » [effectuai demand), que nous connaissons par le chapitre traitant de la valeur d'usage sociale, — qui décide de la valeur, ('elle théorie, du reste, est parfaitement d'accord avec l'opinion de Ricardo, que la valeur de ces choses « varie avec la fortune, les goûts et les caprices de ceux qui en ont envie » (2).
Cependant, nous connaissons déjà, dans toute sa futilité, la formule suivant laquelle la valeur des articles de consommation dépend « du rapport entre l'offre et la demande » ou, selon l'expression de Mill, du fait que « l'offre et la demande, la quantité offerte et la quantité demandée » sont « égalisées p {made equal). Supposons qu'à un moment donné la quantité demandée et la quantité offerte soient rendues égales
(1' John Stuart Mill, loc. cit., livi-e III, ohap. ii, § 3, pages c70-271 ; cf. trad. franc., l. I, pages 496-497.
(2j Ric.\RDo, loc. cit.