‹ Théorie de la valeur, avec une réfutation des théories de Rodbertus, Karl Marx, Stanley Jevons & Boehm-BawerkChapitre 67 sur 184 · CHAPITRE VMll. — LKS BASKS DE LA VALEUR OP.JKGTIVE · texte numérisé non relu

CHAPITRE VMll. — LKS BASKS DE LA VALEUR OP.JKGTIVE

e que !e rappoil entre la demaiide et l'offre soit celui lie 1:1. Que signifie alors ce rap[»ort particulier?

Kn réalité, la définition formulée par Stuart Mill n indique pas de quel élément se compose la demande en question ; sa théorie ne donne pas une base réelle à la valeur de ces objets rares.

Cette base, à notre avis, est la valeur d'usage el son inlluence est ici tellemeut prédominante el met si bien au dernier plan l'action de la valeur de production, qu'il n'y est même plus question, à proprement parler, d'une valeur objective de ces richesses. Nous avons donc à considérer les tableaux et les statues antiques, les objets d'un intérêt historique, etc., comme appartenant entièrement au domaine de la valeur subjective el nous pouvons formuler ce principe fjénéral, que la valeur d'usage (personnelle ou sociale) de ces choses indic^ue en même te^nps leur valeur d'échange objective.

Immédiatement après celte catégorie d'articles de consommation nous rencontrons une série d'autres articles que Ricardo, à en juger d'après les exemples qu'il nous donne, a encore classés dans la première de ses catégories : vins rares, plantes précieuses dont la culture exige un sol particulier et des conditions atmosphériques exceptionnelles, chevaux de course bénéficiant de qualités particulièrement heureuses, etc. Le coût de production de ces richesses constitue une partie intégrante de leur valeur d'échange, sans que, pourtant, la valeur d'usage (personnelle ou sociale) cesse d'être l'élément prédominant.

Parmi les produits qui constituent ensemble la totalité des richesses de l'humanité, à l'autre extrémité de la série, se trouvent de vastes catégories de marcliaudises, en général des articles d'industrie, qui peuvent êlre multipliés indéfiniment el aux mêmes frais par le travail humain, el dont la production se trouve par là même sous le contrôle complet de l'homme. La plus grande partie des produits de l'agriculuire et de l'industrie agricole, les métaux el les autres minéraux servant de matières

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piLTuières aux diverses industries, n'ap[);irliennent pas à celle calégorie de produils.

Lps marchandises que l'on peut reproduire à volonté aux (iiôines frais sont celles dont la valeur d'échange manifeste la tendance la plus [prononcée à coïncider avec la valeur de production. iNous ne nous préoccupons pas ici de savoir si leur produclion se fait ou non sous le régimt; de la libre concurrciice, condition considérée comme indispensable par Uicardo cl que nous aurons à étudier ultérieurement. Pour toutes ces marchandises la valeur d'usage ne reste pas cependant sans influence. Tout en pouvant être multipliés indéfiniment, ces articles ne sont reproduits — en principe, sinon toujours en fait -- qu'en proportion de la demande, étant entendu qu'en régime capitaliste, la « demande effective » ne correspond pas à la totalité des besoins de tous les membres de la société, mais seulement aux besoins de ceux qui disposent d'un certain pouvoir d'achat.

La limite extrême qui borne la production de ce genre d'articles est que la valeur d'usage n'en tombe pas au-dessous du ] coùl de production. Au cas où elle tomberait au-dessous, il est évident que les consommateurs remplaceraient successivement ces articles par d'autres ; les producteurs, ne trouvant plus dans l'échange l'équivalent de leurs frais, cesseraient, par suite, de les fabriquer (1).

(1 Von Thiinen, qui, sur ce point particulier, a écrit quelques pages remarquables, choisit un exemple caractéristique pour élucider cette thèse; Si on lui, les marchandises pouvant être multipliées indéfiniment et aux ■mêmes frais «. ne peuvent pas rester d'une manière durable au-dessus de le ir prix de revient, quelle que soit la distance dont leur valeur d'usage puisse dépasser ce prix. »

La valeur d'usage d'une charrue, dit-il, surpasse de beaucoup son prix réglé par les frais de production. iVlais il y a une limite pourtant à la multiplication des charrues, et à la question qu'il se pose, combien de charrues seront employées dans une ferme, il répond « que l'on en fournira jusqu'à ce que la dernière fournie couvre seulement les frais de sa confection et de son entretien. »

La question posée en général, Von Thiinen considère également la ?a-

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Knlre ces vastes catégories de richesses et les catégories plus restreiotes que nous avons indiquées auparavant, il s'en trouve toute une série d'autres, montrant toutes sortes de nuances dans l'action des valeurs d'usage et de production sur la valeur d'échange oitjeclive. Ces richesses diiîérant entre elles parleur nature, ainsi que parle rapport de leurs quantités avec la demande effective, présentent dans leur ensemble une série d'échantillons des plus diverses intluences.

11 faut mentionner ici particulièrement deux catégories spéciales de produit?.- Premièrement, celle dont nous avons fait mention déjà en passant, — catégorie composée de richesses qui peuvent être multipliées indéfiniment, mais à des frais de production toujours croissants.

A cette catégorie appartiennent les produits agricoles et horticoles : blés, fruits, etc., tous les produits en généfcil dans la production desquels la nature joue un lôle important, de sorte qi;e l'homme n'en peut augmenter la quantité qu'en cultivant des terres de moins en moins fertiles ou de moins en moins favorablement situées ou qu'en soumettant les anciennes terres à une culture plus intense et plus coûteuse. Appartiennent encore à cette catégorie, comme l'a déjà remarqué Von Thûnen, tous les métaux et minéraux. En effet, tant que l'on ne découvre pas de nouvelles mines et carrières, ce qui fuit immédiatement baisleur d'usage comme la limite posée à la multiplication des richesses de cette catégorie : « Si peu donc, dit Von Thiinen, que la valeur d'usage ou l'utilité dffs charrues décide généralement de leur prix, c'est par là néanmoins que se pose une limite à leur multiplication. » [So ivenirj also aiich der Gebrauchswerth oder die Nutzung der Pf.uge ûber den Preis derselben im Allgetneinen entscheidet, so ivird dadurch doch die Grense iJver Vermehrung feslgestellt. Voir Von Thiinen, Der Isolirte Staat' t. II, éd. Hostock, 1842, V^ partie, § 13, p. 134 el § 20, p. 194 ; cf. trad. franc, de Mathieu Wolkoff sous le titre : « Le salaire naturel et son rapport au taux de Vintérât », Paris, 1857, pages 163 et 219-220.)

Nous ajoutons qu'il en sera ainsi sous toute forme de la société, — dans une société communiste comme dans la société capitaliste actuelle, avec la différence pourtant, que dans la première entrerait en lice la totalité des besoins de tous les hommes.

I 7 i l'AIlT. m. VALEUR OBJECTlVi:. GONSIUÉRATIONS GÉNIÎRALUS

pcrld N'aloiir d'usage et de production ainsi que les prix de nn.irclié des métaux et minéraux, on doit les retirer de couches de plus en plus profondes, de sorte que les frais de production augmentent toujours.

Pour les richesses appartenant à cette catégorie, c'est le coût de production qui reste l'élément prédominant, et ici encore il s' Sig\i da coût de production aocial ei non du coût de production personnel à tel ou tel producteur. Cette dernière particularité se montrera clairement à nous, dans un chapitre suivant, comme le principe régulateur général de la valeur de production. Il faut faire observer encore que, par rapport aux produits agricoles ou horticoles, la même valeur de production est représentée, dans les années peu fertiles, par une moindre quantité de blés, de fruits, etc., que dans une année de surabondance relative. Pour toutes les richesses de cette espèce, la valeur d'usage influe sur la valeur d'échange dans ce sens qu'elles ne seront produites normalement, qu'à condition que leur valeur d'usage soit considérée par les consommateurs comme égalant au moins leur valeur de production ; les frais de production augmentant toujours, ces richesses peuvent à la longue cesser d'être produites, quoique leur valeur d'usage n'ait pas changé. Suivant ce principe, rextraclion des minéraux sera interrompue successivement, au fur et à mesure que les frais atteindront et surpasseront la limite tracée à leur valeur d'usage par les différents groupes de consommateurs, limite qui se reflète naturelleûnent dans l'échange. A ce moment, les différentes catégories de consommateurs commenceront, l'une après l'autre, à substituer dans l'usage au minéral en question un autre article satisfaisant plus ou moins convenablement les mêmes besoins.

II en est de même, en général, des produits agricoles et horticoles, partout 011 les besoins et les désirs des producteurs et des consommateurs peuvent se manifester librement de part et d'autre (1). Ici nous passons sous silence la monopolisation de

(1) « Les frais de productio.a déterminent le prix moyen d'une mar-

i:ilAl'llKE VllI. LES IJASIiS DE LA VALliL'H OBJECllVIO 175

certains articles de consommation (Je première nécessité : nous nous en occuperons dans les derniers chapitres de ce tome.

En ce qui concerne les richesses de cette catégorie, plus encore que celles de la précédente, la valeur d'usage influe ensuite sur tout exemplaire particulier ou sur toute quantité séparée ; elle hausse parfois la valeur d'échange des marchandises lorsqu'elles sont par exemple de qualité supérieure ou lorsqu'elles nous parviennent dans des conditions particulièrement favorables. Nous avons donné l'exemple des fraises vendues par une chaude après-midi d'été. La valeur d'usage fait baisser souvent dans des cas contraires la valeur d'échange au-dessous du niveau indiqué par le coût delà production.

Une autre calégoriH de richesses dont nous devons faire une mention spéciale est celle des produits qui nous viennent de pays étrangers moins développés socialement : telles sont toutes les marchandises importées des colonies.

Il est évident que la valeur de production de ces marchandises reste toujours un élément essentiel pour la fixation de leur valeur de marché. Mais la difficulté est de désigner nettement, dans ce cas spécial, ce qu'il faut comprendre sous le nom de valeur de production. En effet, ces marchandises peuvent être créées dans des conditions de production très primitives, comme là, par exemple, où la valeur de production se présente encore comme simple valeur-de-lravail : c'est le cas ordinaire aux Indes, en Chine et au Japon, etc. Les marchandises peuvent même être produites, sous le régime de l'esclavage plus ou moins dissimulé, par les forçats des colonies, les nègres, les coolies chinois des grandes plantations.

John StuartMill a proposé cette thèse : la valeur d'un article d'importation ne dépend pas du coût de sa production dans le

chandise. » Cette pi'opositiou n'est vraie, cependant, qu'à condition que la valeur d'usage ou l'utilité de la marchandise soit jugée au moins égale aux frais de sa production. » (Von TuiInen, loc. cit., § 13, p. 134 ; cf. trad. franc., p. 162.)

17(1 r.VItT. III. VALKUR OIUIXTIVE. CONSIDKHATIONS GKNKUAMtS

pays producteur, mais « du coût de [)roduction de l'article d'exportation qui a servi ;\ payer l'article importé. » (1).

On voit que c'est tout autre chose que les frais de production de l'article lui-même. A maintes reprises on a objecté à S'.uarl JMill qu'en réalité il n'a pas exposé une loi unique de la valeur, mais bien une double loi, en donnant une théorie tout à fait spéciale pour ce qu'il a qualilié de « valeurs internationales ».

Aussi s'esl-on demandé à bon droit où l'une de ces deux lois cesse d'exercer son influence pour céder la place à l'autre (2).

Sluart Mill lui-même, n'a pas été content de sa propre théorie ; dans la troisième édition de ses « Principes » il dit que sa doctrine de la valeur dans lés échanges de nation à nation, « bien que correcte dans les limites où elle est renfermée, ne donne pas encore une théorie complète de cette matière » (3).

Sluart Mill doit avoir senti que sa doctrine ricardienne de la valeur, reposant sur les frais de production, était défectueuse ; cette défectuosité lui est sans doute apparue en ce qui concerne la valeur des marchandises importées des pays étrangers ; mais dans le cadre de sa théorie générale, il n'a pas su réparer ce qui manquait rationnellement à sa doctrine et l'interprétation qu'il a cherchée n'a pu que manifester plus clairement les défauts de l'ensemble.

1) John Stuart Mill, Principles of Political Economy , livre Ht, chap. XVIII, § 1, p. 352 ; cf. trad. franc., tome II, p. 116.

2i Voir par exemple la critique que Macleod fait sur la doctrine de Mill : « Pour bien examiner cette doctrine, nous devons faire une distinction entre les cas, des places éloignées n'étant pas nécessairement des places étrangères, ni des places étrangères des places éloignées : Londres et Melbourne sont des places eVoi^ne'es, mais non des places étrangères; Lille et Gand sont des places étrangères, mais non des places éloignées. ..

" Or, si cette doctrine est vraie, il faut qu'il y ait un endroit précis entre Soutlnvark et Melbourne où la loi du Coût de la Production se transforme en celle de l'Offre et de la Demande. Où est cet endroit ? Estil aux entrées de la Manche ? Est-il à l'Kquateur ? Est-il au Cap de Bonne- Espérance î » (H. D. Macleod, The Eléments of Economies, t. I, Londi-es, 1881, livre I, chap. vi, p. IIC.)

(3) Loc. cit., livre 111, ch. xviii, § 6, p. 361 ; cf. trad. franc., tome II, p. 132.

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